
3 étapes indispensables face à une séparation violente
La coach Myriam Bennis est spécialisée dans l’accompagnement des « mères protectrices », ces mères qui se battent contre des pères violents, pour protéger coûte que coûte leur enfant. Habituée des divorces ultra difficiles, elle nous indique les 3 étapes qui sont fondamentales selon elle, pour faire face à cette épreuve longue et éprouvante, qui ne s’arrête pas forcément une fois la séparation actée.
« Dans la première année qui suit une séparation violente, il s’agit de se constituer une armée. Parce que que vous le vouliez ou non, vous partez en guerre. Car dans cette année pendant laquelle survient souvent une explosion des violences, il vous faut une armée de soutiens informés, formés et présents à vos côtés. »
1 – Un.e avocat.e formé.e
« La première difficulté à laquelle sont confrontées les mères lors d’une séparation violente, c’est avant tout de comprendre rapidement ce qui leur arrive. Face aux attaques et aux menaces (contre elles et/ou leurs enfants), elles vont devoir changer très vite de posture, pour être en état de se défendre.
Associez-vous à un avocat qui prendra une posture forte alors que vous serez sûrement très vulnérable. Cet avocat va vous aider à comprendre ce que vous vivez, comment le qualifier et quelles procédures vite activer pour vous mettre en sécurité.
Il ou elle pourra aussi à rédiger les premiers messages/mails pour stopper ou réduire le harcèlement du parent agresseur.
Mais il s’agit de contacter LE bon avocat. C’est tout sauf facile, car bien souvent, on n’a jamais eu affaire à un avocat. On va demander autour de nous, contacter celui qu’on nous a recommandé, même si c’était pour une problématique très différente. Or il faut que ce soit LE bon avocat POUR VOUS, pour votre situation.
En cas de divorce avec un père manipulateur, surtout s’il y a eu ou qu’il y a de la violence, quelle qu’en soit la forme, je recommande de plutôt faire appel à un.e avocat.e, de préférence qui a déjà des enfants et surtout qui est formé.e aux problématiques de violences conjugales, qui est sensibilisé.e aux notions de contrôle coercitif, etc… »

Myriam Bennis est coach spécialisée dans l’accompagnement des mères protectrices et de leurs enfants, et hypnothérapeute. Elle a également créé « Rôle Modèle« , un podcast dans lequel elle reçoit des invités pour explorer les origines systémiques et intrafamiliales des violences et conditionnements vécus dans l’enfance.
2 – Une bonne association
« Le premier réflexe est bien souvent de vous tourner vers les amis ou la famille pour chercher du soutien. Une tentative naturelle de “vous accrocher aux branches”. Mais bien souvent, cela n’est pas le plus approprié. Pourquoi ? Parce que vos proches n’ont pas forcément vu les problèmes qui existaient avant : une relation toxique est souvent invisible de l’extérieur. En général, elle est faite d’une accumulation de petits pics cachés, de mots blessants dans l’intimité… et vous avez peut-être tout fait pour laisser transparaître l’image d’une vie famille heureuse. Résultat : vos proches ne vont pas forcément comprendre ce que cache la séparation, ni ce que vous avez vécu avant et vivez actuellement.
Vous pouvez évidemment vous reposer sur cet entourage s’il est bienveillant, non jugeant. Mais bien souvent, la dureté de votre vécu, la négativité de la situation est telle qu’ils ne pourront pas comprendre toute l’étendue de ce que vous vivez et auront parfois besoin de mettre de la distance pour protéger leur propre bulle. Vous allez parfois vouloir les convaincre, leur expliquer ce que vous avez vécu, ce que vous subissez toujours. Et vous risquez de vous épuiser.
Pire, vous pourriez avoir des membres de votre famille ou amis qui minimiseront ou jugeront votre situation.
En tant que mère protectrice, vous devez protéger votre énergie.
Conservez l’entourage qui peut vous soutenir à sa façon, éloignez-vous des membres les plus toxiques et contactez des associations spécialisées, qui accompagnent des femmes confrontées aux mêmes types de conflits, de procédures voire de violences.
Rencontrer d’autres femmes dans la même situation que vous est très important : non seulement, vous allez vous sentir moins seule, mais leurs histoires vont vous permettre de comprendre ce qui vous arrive, ce que vous vivez, comment vous en êtes arrivée là. Leur retour d’expérience va vous permettre d’être mieux armée pour les prochaines étapes : comprendre comment certains pères violents “attaquent”, les stratégies qu’ils mettent en place, et comment vous pouvez y répondre, vous… En résumé, identifier des patterns assez communs pour vous aider à réagir du mieux possible. Cela peut vous faire gagner beaucoup de temps et d’énergie.
Quelques associations que je recommande : La Maison des femmes (93), CDIFF (partout en France), Woman Safe, les maisons départementales des solidarité (MDS, partout en France) »
Qu’est-ce qu’une mère protectrice ?
La grande majorité des mères souhaitent protéger et couver leurs enfants. Mais la qualification de « mères protectrices » désigne précisément la situation de ces mères qui se battent pour protéger leurs enfants de pères violents (physiquement, psychologiquement, verbalement voire même sexuellement).
L’Assemblée nationale a voté le 28 janvier 2026 en faveur de la création d’une commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices.
Elle doit permettre d’enquêter et d’identifier les failles du traitement judiciaire actuel de ces affaires.
3 –Un thérapeute pour être accompagnée
« Au sortir d’un couple avec un homme violent, vous avez sans nul doute été victime vous-même et vous pouvez être en syndrome post-traumatique, sidérée ou dans la rage de réaliser ce que vous avez vécu. Vos émotions sont à vif et peuvent jouer contre vous. Car lui va tenter d’utiliser ces émotions contre vous.
Pour vous défaire du syndrome post-traumatique, l’EMDR, les TCC et l’hypnose sont particulièrement recommandés. Par ailleurs, rencontrer ce profil d’homme est souvent conditionné par ce que vous avez vécu, enfant. Comprendre ce qui s’est joué pendant votre enfance, les schémas de pensée, les émotions qui vous ont amenée à accepter un début de vie commune vous aidera à couper définitivement les liens qui vous lient encore à lui.
Quel que soit le type de thérapeute ou la méthode choisie, il est indispensable que vous puissiez être soutenue face à ce que vous traversez et que vous puissiez continuer de vous protéger, vous et vos enfants. Cela implique de mettre à distance des émotions difficiles et complexes, notamment dépasser ses peurs, sa culpabilité et tous les doutes qui accompagnent souvent la séparation, mais qui sont déstabilisantes et épuisantes.
Tout comme pour les avocats, choisissez un professionnel bien informé de la situation des mères protectrices, des violences conjugales et des violences sur enfant pour éviter une perte de temps, d’énergie et d’argent. »
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