Julien Veysseyre
Parent séparé

“L’épreuve d’une vie” : para-athlète et père séparé, Julien Veysseyre veut inspirer ses enfants en finissant l’une des courses les plus dures au monde

Plus de 170 km de parcours, traversant 3 pays, avec plus de 10 000 m de dénivelé positif… L’UltraTrail du Mont-Blanc est une course mythique pour les traileurs. Et c’est à ce mythe que Julien Veysseyre a décidé de s’attaquer. Le 28 août prochain, il prendra le départ avec la ferme intention d’être le premier amputé tibial à être finisher de l’épreuve. Un challenge pour lequel ce papa séparé se prépare depuis deux ans, jonglant entre une vie pro en pleine évolution, des entraînements quotidiens et ses deux garçons de 4 et 8 ans en garde alternée, qui sont certainement l’une de ses plus grandes motivations. Il raconte.

Comment s’organise votre quotidien, entre les entraînements, vos engagements pro et vos enfants qui sont encore tout jeunes ?

Julien Veysseyre : J’ai la chance d’avoir pu diminuer mon activité pro et même, depuis 3 mois, d’avoir mis un terme à mes précédentes missions pour me consacrer entièrement à la préparation et au développement de mon activité de conférencier… En sachant que je ne m’y attèlerai réellement qu’après l’UTMB.

En attendant, j’ai donc la chance de ne plus travailler de manière conventionnelle et donc de pouvoir m’organiser comme je l’entends. C’était d’ailleurs l’un de mes objectifs : pouvoir retrouver du temps de qualité avec mes enfants. Car avant, je travaillais le matin, je m’entraînais l’après-midi, et même après être allé les chercher à la garderie, je me retrouvais à devoir travailler à nouveau, répondre à des interviews ou des appels jusque tard le soir. Ils étaient là, avec moi, mais ce n’était pas vraiment du temps de qualité passé ensemble.

Aujourd’hui, à quoi ressemblent vos journées ?

Pour préparer l’UTMB, je m’entraîne tous les jours. En moyenne, cela me prend entre 12 ou 13 heures par semaine au mieux et ça peut aller jusqu’à 30 ou 35 heures. Les enfants vivent en garde alternée, 50% avec leur mère, 50% avec moi. La semaine où ils sont avec moi, ils ne vont plus à la garderie le matin comme avant. Je les laisse dormir un peu plus longtemps et je peux les amener à l’école. Ça, c’est vraiment cool ! De la même manière, en fin de journée, je fais mon maximum pour qu’ils n’aillent pas à la garderie et surtout, je leur dédie complètement un temps de coupure, ensemble, avant les devoirs du plus grand. Je m’avoue chanceux : même si ma vie est dense, je profite beaucoup d’eux en semaine.

Julien Veysseyre

Amputé de la jambe droite à la suite d’un accident du travail à 18 ans, Julien Veysseyre s’est d’abord distingué sur le circuit international de para-triathlon – avec notamment un titre de champion du monde de cross-triathlon en 2023 – avant de se lancer dans le trail. Après avoir bouclé l’an dernier les 100 km de la CCC, il s’attaque le 28 août prochain à sa grande sœur, l’UTMB. Un challenge qui sera retracé dans un documentaire, coproduit avec Salomon, son partenaire de longue date.  
Plus d’infos sur son parcours, ses défis et ses conférences ici : https://julien-veysseyre.fr/

Le sport occupe beaucoup de place dans votre maison et dans votre relation avec les enfants ?

Je suis un papa qui joue assez peu au final. En revanche, on cuisine ensemble, on jardine ensemble – j’ai un potager que j’adore pour avoir de la nourriture saine – et bien sûr, on fait du sport ensemble.

Mais pour leur pratique sportive à eux, on les laisse décider. Chaque année, ils choisissent le sport qu’ils veulent faire mais 1/ l’activité physique est obligatoire et 2/ c’est eux qui mettent le curseur. Je ne pousse pas mon grand à faire de la compétition. Mais il le sait, s’il veut y aller, il doit s’engager vraiment. Je leur répète : “je n’attends pas que tu gagnes, j’attends que tu te donnes à fond”. Parce que le sport, ça apprend l’effort, mais ça apprend à perdre, aussi. 

Beaucoup de mon éducation passe par le sport, ça m’aide à faire passer les bons messages. Par exemple, quand le grand me dit “La poésie est trop longue, je n’arriverai jamais à tout apprendre”, je lui réponds : “c’est comme le vélo, au début tu n’y arrivais pas. Il faut travailler, il faut prendre le temps. Mais ce n’est pas impossible.” 

Votre grand garçon a 8 ans aujourd’hui, le plus petit bientôt 5… J’imagine qu’ils sont encore petits pour vous accompagner sur vos courses ou dans vos déplacements ?

Avec leur mère, on est assez souples là-dessus, on s’arrange beaucoup, notamment lorsque les week-ends de course ne tombent pas bien avec le calendrier de garde. Sans compter les stages de 15 jours ou les déplacements à l’étranger – j’étais aux Canaries encore dernièrement… 

Mais pour moi, c’est important qu’ils soient là sur les grosses épreuves. Sur les 100km de la CCC, ils n’étaient pas là mais je les avais appelés avant pour avoir des nouvelles… et un petit boost d’énergie ! Après, je sais que je rentre dans ma “bulle d’effort”, c’est vrai, mais ça compte beaucoup.

Réalisent-ils les distances et le challenge que représente l’UTMB ?

Le grand me demande de plus en plus le soir combien j’ai couru de kilomètres. Les chiffres commencent à compter, oui. Mais ça ne les choque plus beaucoup quand je leur dis que j’ai fait du vélo ou de la course à pied pendant 10 heures (rires). 

Mais ce qui est certain, c’est qu’à travers moi, ils ont côtoyé des handicaps différents, des parcours de vie très divers. Ces athlètes avec des handicaps qui tentent de repousser leurs limites et battre des records, ce sont tous des exemples de résilience, de motivation, de travail, surtout. 

Forcément, ça me tient à cœur qu’ils soient là le jour de l’épreuve, même si ça risque d’être très, très difficile. Ils vont me voir dans le dur, mais leur présence va m’aider. C’est l’épreuve d’une vie, et j’aime l’idée qu’ils puissent voir leur père tenir pour aller jusqu’au bout. Mais surtout, j’espère qu’ils pourront voir leur père franchir la ligne d’arrivée. Pour partager cette victoire avec eux, et surtout pour leur faire vivre cette émotion-là avec moi. 

A lire aussi sur Les Nichées

Alessandra Sublet, autrice de Fiiiiive

Alessandra Sublet : « Voir les liens se créer est la plus belle des réussites en famille recomposée »

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.