Noël seul sans enfant
Parent séparé

Nos Noëls sans nos enfants

C’est l’épreuve ultime du parent séparé : ces fêtes de fin d’année où l’on se retrouve coupés d’eux, privés de leurs yeux qui brillent et de leurs petits chaussons glissés sous le sapin. Comment les parents “seuls” passent-ils Noël pour ne pas déprimer ? Que font-ils à l’heure où leurs enfants déballent leurs cadeaux ? Comment vivent-ils ces moments redoutés ? Notre rédactrice Coralie et deux lectrices témoignent des tactiques anti-blues qu’elles ont testées et validées !

Mon premier Noël sans mes enfants (et comment j’ai survécu)

C’était le premier Noël après la séparation, le déménagement, le grand chamboulement. Je me souviens avoir accepté le découpage des vacances, un peu anesthésiée. Oui, cette année, mes deux filles seraient dans la famille de leur père les 24 et 25 décembre. Elles seraient avec moi pour la Saint-Sylvestre et je les aurais l’an prochain pour Noël. 

C’est normal, me suis-je dit, c’est le jeu de l’alternance, la vie des parents séparés. Je devais m’habituer. Sauf que cette normalité-là n’a RIEN de normal. Je me suis mise en pilote automatique pour organiser les trajets, le retour à la maison, les cadeaux. Et moi, je me suis laissée entraîner par une copine qui elle aussi était seule pour Noël et me proposait de partir avec elle dans sa famille – sa tribu devrais-je dire – dans le Nord. Cette région que je ne connaissais pas, la chaleur de cette smala, sa bonne humeur et son niveau sonore allaient me faire oublier l’absence de mes enfants, elle en était sûre.

Et c’est vrai ! J’ai oublié au milieu d’eux tous. Jusqu’à ce moment du réveillon, il devait être 23h environ, où plantée au milieu du salon et des gens qui riaient et dansaient, le sol s’est dérobé sous mes pieds. Et tout ce à quoi je n’avais pas voulu penser a explosé façon feu d’artifice dans ma tête : Mais qu’est-ce que je faisais là ? Où étaient mes enfants ? Que faisaient-ils à ce moment précis ? Etaient-ils tristes comme moi ? Est-ce que je leur manquais ? Pourquoi n’étaient-ils pas là avec moi ? A quoi ça rimait tout ça ? Quelle absurdité ! A quoi bon ? Plus rien n’avait de sens, je n’avais pas la force ni l’envie de bouger…

J’ai dû rester “bloquée” car un grand-oncle est venu me voir, un peu embarrassé, pour me demander : “On fait trop de bruit ? Ca ne va pas ? Tu te sens à l’écart ?” C’est sorti tout seul, j’ai répondu d’un trait alors que je ne lui avais jamais parlé : “C’est mon premier Noël sans mes enfants. Je suis triste, je n’y arrive pas, je ne sais pas ce que je suis censée faire…” Le pauvre homme ne s’attendait certainement pas à cette réponse, car j’ai vu passer un certain trouble dans ses yeux. Mais il a pris un air très sérieux et une grande inspiration, avant de m’asséner très fermement : “ma fille, finis ta coupe et vas danser”. Je n’étais pas en état de protester, de négocier, ou même de répondre. J’ai fini ma coupe et je suis allée danser. Longtemps. Sans me poser de questions. 

Quatre ans plus tard, Noël sans eux est et reste une absurdité totale, je le ressens à chaque fois. Mais je m’y suis habituée. Face à l’absurdité, je sais que je peux danser en attendant que l’abattement passe, en attendant de les retrouver. 

“Finis ta coupe et vas danser”, j’en plaisante souvent mais ça reste le meilleur conseil qu’on m’ait donné pour faire face au non-sens de ces Noëls sans eux… et c’est celui que je donne à toutes mes copines qui se sont séparées depuis : “Bois une coupe et vas danser !” Jamais trouvé mieux !

Coralie 

Je pars me faire chouchouter dans ma famille (et pourquoi j’adore ça)

Avec le père de mes enfants, nous essayons de faire tour à tour les 24 ou le 25 avec eux, pour ne pas que ce soit trop long, pour eux comme pour nous. La première année, ils n’étaient pas avec moi le 25 et j’ai décidé de partir chez mes parents, à 200km pour le repas du midi.

Je ne vais pas mentir : j’y allais sans mec et sans enfants, retrouver mon frère qui est un grand gamin de 30 ans, toujours célibataire… Je suis partie en serrant les dents, assurée de passer un moment étrange voire difficile. Mais j’ai vécu tout le contraire. On s’est retrouvé tous les quatre, ma mère avait préparé un festin, on a joué à des jeux de société l’après-midi, on a ri comme quand nous étions gamins et on a fini par une balade. Le soir, je suis allée me coucher dans ma chambre d’enfant…

Et j’ai adoré ces heures-là. C’est bizarre à dire, mais j’ai adoré ce côté régressif, ne pas avoir à m’occuper des petits, du repas, du coucher, me faire chouchouter. Retrouver mon frère, mes parents, avec une légèreté que je n’avais pas connue depuis longtemps. Je sais que cette année-là ils avaient mis les bouchées doubles pour me faire oublier que les petits n’étaient pas là. Mais depuis, ces jours “retour en enfance” sont programmés chaque année et j’avoue que je les attends comme une parenthèse hors du temps.

C’est un drôle d’équilibre avec les moments avec les enfants, je passe en quelques heures de la petite fille chez ses parents à la jeune maman qui accueille ses parents pour le repas de Noël et gère toute l’orga pour 3 générations. Ça nous fait rire avec ma mère, ça nous a rapprochées même. Et surtout, ça me permet année après année de ne pas appréhender le vide que laissent mes enfants quand ils sont avec leur père.

Nath

Le Noël des copines séparées (et comment j’ai dépassé les questions de calendrier)

Le père de mon fils m’a quittée après près de 20 ans de vie commune. Notre fils avait 13 ans, je ne m’étais jamais imaginée vivre cette séparation. J’en ai découvert les impacts au fur et à mesure, comme dans un brouillard. L’idée que j’allais devoir passer un Noël sur deux sans Louis en a fait partie.

Le premier Noël sans lui, je me suis retrouvée à quelques jours de l’échéance sans avoir ce que j’allais faire. Mais je savais une chose : je ne voulais pas fêter Noël sans lui. J’ai refusé toutes les invitations. Je ne pouvais pas imaginer les guirlandes, la dinde et les cadeaux sans lui. A la dernière minute, une collègue séparée que je ne connaissais que par nos histoires de divorce, m’a proposé de me joindre à elle. Un truc simple, un peu improvisé. Un apéro dinatoire, peut-être un film au ciné. J’ai dit oui, plus de par peur d’être toute seule que par envie.

Mais ça c’est bien passé. Très bien même. On a discuté en buvant quelques verres de vin, on a filé au cinéma – j’ai découvert qu’il pouvait y avoir pas mal de monde le soir du réveillon dans les salles obscures – on a mangé une crêpe sur le retour et je suis allée me coucher, sans (trop) de pensées tristes. Surtout, j’ai “ressenti” ce soir-là – je ne sais pas le dire autrement – que cette histoire de Noël, ce n’est qu’une histoire de date. On peut aller au cinéma quand on pense que tout le monde doit réveillonner en famille. C’est ok ! (Et d’ailleurs plein de gens le font !) On peut aller se promener seule à la campagne quand on pense que tout le monde déballe les cadeaux avec ses enfants. C’est ok ! 

Cette année, après deux “Noëls des copines séparées”, je franchis un cap : j’ai décidé de passer le réveillon seule. Mais pas pour me morfondre, juste parce que c’est un soir comme un autre et que je pourrai faire ce que j’aime la veille d’un jour férié. Aller au cinéma, lire longtemps, j’appellerai peut-être mon fils… Noël, ce sera quand je le retrouverai, quelques jours après. Le reste, ce n’est qu’une question de cases dans un calendrier.

Cathy

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