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Familles recomposées : toutes les bonnes raisons d’établir un règlement de la maison !

[3 questions pour comprendre] Loin d’enfermer la vie de famille dans un cadre super strict, le “règlement de la maison” peut être un outil visuel pratique pour alléger le quotidien de la tribu recomposée, en posant les règles pour tous et en offrant un cadre rassurant pour les enfants. Explications et conseils pour en faire un allié de votre sérénité, avec Elena Goutard, coach parental et auteure de Mon P’tit Cahier nouvelle tribu et Mon Grand cahier Rituels en famille.

Les Nichées : Pourquoi un règlement de la maison peut faciliter la vie en famille recomposée ?

Elena Goutard : Déjà parce qu’en famille, on n’est jamais assez fournis en outils visuels pour accompagner les enfants ! Que ce soit pour les routines quotidiennes (“dans quel ordre je dois faire les choses et à quel moment ?”) que pour les règles qui doivent être appliquées. Mais c’est d’autant plus important dans les familles recomposées que souvent, on est plus nombreux et qu’on n’a pas tous la même façon de voir les choses, la même éducation, le même vécu, parce qu’on a déjà eu une vie de famille avant.

Le règlement de la nouvelle maison va donc être un compromis, une synthèse, courte et visuelle de préférence, des grandes règles qui nous tiennent vraiment à cœur. Aux parents mais aussi aux plus petits qui doivent être impliqués dans son élaboration.

Les Nichées : Justement, concrètement, comment s’y prendre pour élaborer un règlement en famille recomposée ?

Elena Goutard : Le règlement doit être conçu avec les enfants, pour que ceux-ci puissent se sentir concernés. Il ne s’agit pas de leur dérouler une feuille, en leur annonçant directement : “les règles de la famille sont celles-là, à vous maintenant de toutes les respecter!” Ca ne peut pas marcher ainsi.

Au contraire, il vaut mieux se poser avec eux, lors d’un moment calme, en leur expliquant par exemple :  “je trouve important que tout le monde se sente bien et en sécurité à la maison. Alors la première règle selon moi, c’est qu’il est interdit de se taper.” Mon conseil s’il y a des enfants de chaque côté : commencer par un temps d’échange entre le parent et son ou ses enfants. Surtout si la famille recomposée en est à ses débuts, les enfants n’oseront peut-être pas participer aussi librement s’ils sont avec un adulte ou des enfants qu’ils ne connaissent pas encore très bien. La parole sera plus libre s’ils peuvent dire ce qu’ils pensent vraiment à leur parent. Rien n’empêche ensuite de prévoir un temps d’échange tous ensemble pour croiser ce qu’il s’est dit des deux côtés et en faire un résumé. Cela peut faire l’objet d’un TEF, un temps d’échange en famille : il s’agit d’un petit rituel de 15 à 30 minutes qui permet à chacun de s’exprimer sur ses ressentis et ses besoins dans le cadre de la nouvelle famille.

Ensuite, une fois qu’il est écrit, il est important de dérouler le règlement avec eux. Autre point important qui peut être évoqué à ce moment-là : il est bon de leur expliquer ce qu’ils ne peuvent pas faire et pourquoi, mais surtout ce qu’ils peuvent faire à la place, les alternatives qui s’offrent à eux. Par exemple, “si tu es en colère contre ton frère ou ta sœur, tu n’as pas le droit de le ou la taper. Mais tu peux venir voir papa, maman ou un adulte, tu peux aller te calmer dans ta chambre en attendant d’en discuter avec un adulte”,  etc… Cela évite de rester dans le registre du “ne pas, ne pas, interdit, interdit, interdit…” et de les aider petit à petit à trouver par eux-mêmes des pistes de solution quand ça ne va pas.

Les Nichées : Y a-t-il des faux-pas, des choses qui ne fonctionnent pas pour un règlement à destination des enfants ?

Elena Goutard : Absolument, attention à ne pas mettre 25 règles dans votre règlement ! Cela ne servira à rien et ne marchera pas ! 

La difficulté, c’est qu’il existe des familles recomposées où les différences d’éducation et d’habitudes sont tellement grandes au départ, qu’il faudrait instaurer beaucoup de règles, tout le temps, pour trouver un modus vivendi commun. Mais ce ne serait pas efficace ! Mon conseil : il vaut mieux imaginer des petits règlements par moment ou situation. Par exemple, un règlement pour les repas, un autre pour le bain ou l’utilisation de la salle de bains, un autre pour les chambres. Et qu’ils soient tous courts : juste le top 5 de ce qui semble vraiment important. A table, un exemple :

  1. Je reste à table jusqu’à la fin du repas
  2. Je ne me lève pas sans demander la permission
  3. Je mets ma serviette
  4. Je dis merci
  5. Je débarrasse à la fin du repas

Enfin, pour les parents, mieux vaut garder en tête que ce n’est pas parce qu’on a mis des règles en place qu’elles vont être respectées dès la première semaine. Il va falloir les répéter et c’est normal ! Les outils visuels, qui rappellent l’existence de ce règlement et rendent sa compréhension plus simple, sont importants, ils vont aider. Par leur présence, ils vont rappeler à l’enfant ce qu’il n’a pas le droit de faire, mais aussi ce qu’il est en droit de faire. Mais cela reste un outil qui nécessite un apprentissage et un accompagnement par les parents : inutile de punir l’enfant si ce n’est pas respecté au début. Une entorse permet justement de rappeler la règle, l’existence du règlement et son importance. C’est l’occasion de lui dire “On en a déjà parlé ensemble : cette règle fait partie des règles de la maison. Elle est importante parce que… . Cette fois-ci, tu n’as pas réussi mais je compte sur toi la prochaine fois pour faire un effort”. Ils finiront petit à petit par les intégrer.

A lire pour faire le plein de conseils pratiques quand on se lance dans l’aventure de la recomposition :

Mon P’tit Cahier Nouvelle Tribu, d’Elena Goutard, Solar Editions

Dans le cadre d’une famille recomposée, les premiers règlements devront souvent être revus plusieurs fois. Avant tout, pour valoriser le positif et apprécier les efforts de chacun. Puis, aussi, pour ajuster les règles en prenant en compte les ressentis de tout le monde et le bilan plus ou moins réussi des semaines écoulées. Par exemple, si on a mis en place un planning des tâches ménagères mais qu’on se rend compte au bout de quelques jours que les horaires ne conviennent pas à certains membres de la tribu (horaires tardifs, quantité de devoirs trop importante en fin de journée, activités extrascolaires, etc.), on va se réunir pour faire une mise à jour du planning en tenant compte des contraintes de chacun. En effet, on n’a pas forcément conscience de toutes ces contraintes au début de la recomposition. Ainsi, petit à petit et grâce aux ajustements réguliers, la famille parvient à établir le règlement qui conviendra le mieux à tous les membres de la famille. 

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.

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