
Frédérique, trois fois belle-mère : “On est jugées partout, tout le temps”
“Cette fois, c’est terminé.” A 55 ans, après 3 expériences en famille recomposée, on ne l’y reprendra plus, Frédérique ! Mais avec 30 ans d’expérience, cette “serial belle-mère” a fait le plein de convictions et de conseils à destination des jeunes femmes prêtes à vivre en famille recomposée. Elle en a même fait un livre. Rencontre.
Devenue belle-mère à 23 ans alors qu’elle n’avait pas encore d’enfant, mariée à 24… Frédérique a connu en 30 ans, 3 couples et 3 recompositions différentes. Avec une belle-fille d’abord, deux belles-filles ensuite et 4 beaux-enfants (nés de 3 mères différentes) pour sa dernière histoire. Et elle qui est aujourd’hui mère – et même grand-mère depuis 5 ans ! – ne veut plus s’abîmer ou se sacrifier dans des configurations qui, selon elle, ne sont que rarement “faciles à vivre”.
“Quand je me suis mariée, à 24 ans, mon mari avait 13 ans de plus que moi et sa fille 8 ans. Et à l’époque, il y a de ça 30 ans, je me suis sentie vraiment très seule à cette place de belle-mère. “C’est toi l’adulte”, “Tu savais qu’il avait un enfant”… J’en ai tellement entendu et j’ai tellement culpabilisé ! “Mais pourquoi je me sens mal quand sa fille vient le week-end ? Pourquoi je ne la supporte pas, parfois ?” Pourtant, en pratique, ça se passait bien, j’avais rapidement trouvé ma place de belle-mère. Elle avait 9 ans quand j’ai eu ma fille et comme elle avait très envie d’une petite soeur, elles se sont toujours bien entendues… Mais voilà, quand on est en réaction, tout peut devenir insupportable, on ne tolère progressivement plus rien. C’est fréquent je crois, mais toujours difficile à exprimer. Je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup de solutions mais pour moi, découvrir que je n’étais pas seule, quelques années plus tard, m’a vraiment permis de relativiser.
Belle-mère ou gouvernante bénévole ?
Mon mariage a duré de belles années mais on a fini par se séparer. Dans la foulée, j’ai rencontré un nouvel amoureux. Lui avait 2 petites filles qui avaient 11 et 5 ans. A l’époque, ma fille avait 16 ans et mon fils 11 ans. Au départ, on était sur un bon équilibre : lui habitait Paris où il avait ses filles en garde alternée. Moi j’habitais dans le Sud, mes enfants grandissaient, mais je pouvais monter régulièrement le voir à Paris. On se retrouvait aussi tous ensemble dans la région lyonnaise où il avait une résidence secondaire.
Tout allait bien. Mais je dirais que bien souvent, pour les ex, quand tout va bien, justement, ça ne va pas ! Elle qui me remerciait auparavant de ce que je faisais pour les petites, a fini par avoir l’impression que je lui volais ses filles… Jusqu’à me faire vivre l’enfer avec des menaces, des insultes… Alors même qu’on n’a jamais vécu ensemble !
C’est d’ailleurs ça, je pense, qui m’a sauvée. J’avais l’impression que si je lâchais mon chez-moi, je perdais le contrôle. Il faut dire que quand j’étais chez lui, je me sentais comme une gouvernante bénévole. Le père et la mère se battaient pour un oui ou pour un non, la fille aînée se battait avec son père. Il y a eu ces procès pour récupérer la garde, où j’étais toujours la bouc-émissaire car à la fin tout était de ma faute : j’influençais le père, j’étais un pitbull, ses filles n’aimaient pas quand j’étais là.
Vivre sous “L’Oeil de Moscou”
J’avais l’impression de vivre là-bas en permanence sous « L’oeil de Moscou » et d’être livrée en pâture à la mère : les filles étaient missionnées pour écouter, rapporter, se moquer. Un matin, je me suis levée en tee shirt et culotte, comme avec mes enfants. Mon homme a reçu ce message dans la foulée : « Dis à ta petite copine de se couvrir le cul, les filles se foutent d’elles, elle a de la cellulite ». Et c’était non-stop : 50 messages par jour sur le mode : « tu avais dit, tu n’as pas fait, tu me dois ». On n’avait plus de vie.
Au bout de 8 ans et demi, j’ai craqué. Toute cette haine entre eux, contre moi… Je n’en pouvais plus, je ne voyais pas de solution. Que je m’éloigne ou que je m’approche, que je fasse ce qu’on me demande ou que je mette des limites, rien n’allait jamais.
A lire
Envie de mieux connaître l’histoire de Frédérique et son retour d’expérience de serial-belle-mère ?
Direction son livre “Ni fée, ni sorcière : juste moi, la belle-mère. Conseils, astuces et témoignages pour trouver sa place dans une famille recomposée”, par Frédérique Dupoux André
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Quand l’âge des enfants change tout
Et puis il y a eu un autre Prince Charmant, qui avait tout ce dont j’avais envie. Mais aussi 4 enfants… 1, 2 puis 4 beaux-enfants, à chaque fois, je double ! Là, en prime, il avait 3 ex-femmes ! Heureusement, du côté des enfants, deux grands ont une trentaine d’années : ils ont fait leur vie et ont été très sympas avec moi. Leur père n’a plus vraiment de relation avec leur mère. Mais avec la mère de la plus jeune, qui avait 11 ans au moment de notre rencontre, tout reste très difficile. Elle essaie de monter la petite, qui est un amour, contre moi. Alors que tout se passait bien entre nous, on a commencé à recevoir des messages disant “elle n’ose pas te le dire mais elle a peur, elle veut pas venir”.
J’avoue que je ne comprends toujours pas. Alors oui, je n’ai jamais été dans la situation d’une mère devant se positionner face à une belle-mère. Peut-être aurais-je fait la même chose. Mais je trouve difficile d’occulter ce que vivent les enfants, même quand on souffre en tant que mère, en tant que femme.
Savoir prendre du recul (quand c’est possible)
Bien sûr, au fil des années et des histoires, j’ai appris à prendre plus de recul, à moins m’impliquer aussi. A commencer par le fait de ne plus vouloir vivre avec les papas. C’est normal : aujourd’hui j’ai plus de 50 ans, j’ai envie de profiter de mes week-ends, ne pas avoir à attendre qu’un ado se réveille pour pouvoir me lever et faire un peu de bruit dans la maison, sans parler des aller-retour et des activités à organiser en fonction de ce dont ils ont envie.
J’ai aussi appris que les hommes changent quand leurs enfants sont là. Souvent, ils ont peur. Donc j’ai fini par espacer le temps passé en présence des enfants. Non pas que je ne les supportais pas, mais les enfants ont besoin de passer du temps seuls avec leur père et moi j’avais besoin de mon indépendance. Donc tout le monde y gagnait.
Mes conseils à une jeune belle-mère
Si “tire-toi” ne suffit pas (rires, NDLR…), voici ce que je dirais à une jeune ou une future belle-mère
1 – Quoi que tu fasses, tout ne dépend pas de toi !
Les histoires peuvent être très différentes en fonction de l’âge des enfants, c’est évident ! Mais aussi en fonction des hommes sur lesquels on tombe : certains s’affirment plus que d’autres, certains sont plus autoritaires, d’autres laissent davantage faire… Le caractère de la mère joue beaucoup également. Certaines peuvent faire de vos vies (et de celle de ses enfants) un enfer. Mieux vaut être prévenue.
2 – L’argent est un sujet complexe qui revient beaucoup dans les disputes.
C’est toujours un bon moyen de mettre le bazar et ça peut vraiment compliquer la vie de la famille recomposée.
3 – Accepte qu’une bonne partie de ta vie risque de dépendre de l’ex-femme
Faire sa vie avec un papa qui a des enfants, ça implique ça, malheureusement. Les activités du week-end, le calendrier des vacances… ça va dépendre de l’ex. Même la date de mon mariage à 24 ans a été décidée en fonction de la garde de la fille de mon futur mari. Et il y a fort à parier que si toi aussi tu te maries, elle sera la première personne au courant.
4- Protège-toi
Nous, les belles-mères, on est jugées partout, tout le temps. D’expérience, ça ne va pas forcément être simple. Alors réfléchis bien avant d’emménager le papa et ses enfants et ne t’implique peut-être pas à 100% tout de suite. Prends du recul, garde des marges de manœuvre et du temps pour moi.
5 – Garde confiance en toi
Ce n’est pas les autres qui vont te donner confiance en toi en famille recomposée. Le rôle de belle-mère est assez ingrat. Donc protège-toi aussi des regards et des critiques et n’oublie pas ce que tu vaux. »
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