
Quand un changement de mode de garde fait tanguer la famille recomposée
Vous avez réussi à trouver vos marques ensemble, à prendre un rythme de croisière, à trouver un peu de sérénité et voilà qu’une question de rythme de garde vient tout bousculer. Car il n’est pas juste question de calendrier ici, mais bien d’un changement de fond, parfois sous-estimé qui vient chambouler en profondeur la famille recomposée et menacer son équilibre. Témoignages et conseils
Tout allait pourtant bien pour Julie et Cédric, 5 ans de vie commune et une belle complicité entre Zélie, la fille de Julie âgée de 14 ans et son beau-père. Elle avait 9 ans quand Cédric était rentré dans sa vie et la « greffe » avait pris, assez naturellement. Mais quand Zélie a dû venir vivre avec sa mère à temps plein, car son père partait travailler à l’étranger, tout s’est soudainement compliqué.
“J’avais conscience que ça allait être un gros changement pour nous, pour notre couple, admet Julie. On avait pris l’habitude d’avoir une semaine sur deux à nous, en amoureux. Mais Zélie est grande, autonome, très indépendante. Je savais qu’il allait falloir un temps d’adaptation, mais je n’imaginais pas que Cédric allait prendre ça comme un “deal-breaker”.”
Plus de temps sans enfants, plus de vie de couple ?
Car Cédric prend la nouvelle… vraiment pas très bien. “Il m’a d’abord reproché de ne pas lui avoir posé la question de ce changement. Comme si je pouvais refuser d’accueillir ma fille ! Comme si moi-même j’avais le choix ! Mais lui s’est senti mis sur la touche, pas écouté… et surtout, il m’a dit clairement que pour lui, avec Zélie sous notre toit, nous n’aurions plus de vie de couple. J’ai découvert que pour lui, notre seule vie de couple se résumait à la semaine où Zélie était chez son père. Comme si, quand elle était là, nous n’étions pas un couple. J’étais KO : j’avais pourtant toujours veillé à lui laisser de la place, à faire attention à lui quand elle était là. Je n’avais pas l’impression qu’on se mettait “en suspend”.
J’ai commencé à repenser à plein de moments, à me poser plein de questions. Lui ne cachait pas qu’il était “inquiet” pour notre couple, il me l’a glissé 2 ou 3 fois. Suffisamment pour que je me mette à devenir hyper suspicieuse, je craignais de voir apparaître le moindre signe que ça n’allait pas. Et plus je redoublais d’attention à son égard, plus je le sentais s’éloigner, se mettre à distance. Il participait moins aux discussions, il sortait plus souvent. Je pense que Zélie s’en est rendu compte, elle non plus ne semblait pas à l’aise. Et puis, sans véritable surprise, il a fini par partir à peine quelques mois plus tard. Il m’a dit qu’il n’avait plus de place. Ca a été dur mais en même temps, après ces semaines à me sentir fautive et un peu écartelée entre ma fille et lui, ça a presque été un soulagement.”
Rythmes de garde décalés, risque de jalousie exacerbé
Pour Sonia, le contexte était différent car son amoureux avait, comme elle, une fille en garde alternée. “Cette symétrie, je crois que ça a été notre force. Nous avions une fille chacun, une semaine sur deux – nous avions synchronisé nos calendriers – et après des débuts assez houleux, les filles s’entendaient plutôt bien malgré leurs 3 années de différence d’âge. Mais quand ma grande a demandé à venir plus souvent à la maison, Yannick s’y est opposé.
Ca a d’abord été hyper compliqué pour moi car je ne me voyais pas dire « non » à ma fille qui se sentait – légitimement – mal chez son père. Et je ne comprenais pas, surtout : en 3 ans de vie commune, je n’avais pas l’impression qu’il y ait eu des conflits ou de la distance entre ma fille et Yannick ou sa fille. Mais pour lui, ce n’était simplement pas envisageable. Pas tant parce qu’il n’appréciait pas ma fille mais il disait que sa fille allait forcément mal vivre le fait que son père passe tout son temps avec ma fille, et pas avec elle. Il est vrai qu’elle avait montré quelques signes de jalousie quand elle était plus petite, mais nous avions beaucoup parlé, je pensais que c’était derrière nous. Mais pour Yannick, c’est certain, ça allait la rendre affreusement malheureuse.
Se mettre à la place de l’autre
Il me demandait de le comprendre et moi j’avais l’impression qu’il me demandait de la plaindre elle, alors qu’en même temps, il n’entendait pas le mal-être de ma propre fille qu’il refusait d’accueillir ! Ca a été notre première grande dispute car je crois que nous étions tous les deux focalisés sur le bien-être de nos enfants et incapables de nous mettre à la place de l’autre.
Le temps a passé, on s’est beaucoup expliqué, il a fini par lâcher à condition d’adapter le planning des gardes pour qu’il ait un week-end par mois seul avec sa fille (quand la mienne n’est pas là). On a du coup beaucoup moins de temps à nous, tous les deux. On est encore en rodage, ça crée toujours des tensions dans notre couple, mais pour l’instant, on tient avec cette nouvelle orga…”
Besoin de prendre de la distance
Pour beaucoup de couples, passé le cap du changement, un autre équilibre est trouvé. Mais ce qui semble sur le papier être un problème de calendrier, vient révéler des failles souvent profondes qui fragilisent la famille recomposée, parfois durablement. C’est le cas de Cécile et Stefan, grande famille recomposée avec 2 enfants pour elle et 3 enfants pour lui. “J’étais séparée depuis longtemps, mais de son côté, le divorce prenait du temps, ses enfants étaient plus petits. Malgré tout, nous avions réussi à trouver pas trop loin, une grande maison pour nous accueillir tous. J’avais alors la garde principale de mes enfants et lui, était en garde alternée.
Mais au bout d’un an de vie commune environ, son ex femme a déménagé dans une autre région et il a été décidé que les enfants partiraient avec elle. Un choix “de raison” pour Stefan, mais surtout un véritable déchirement pour lui en tant que papa. Et j’ai l’impression que dans sa souffrance de ne plus voir ses enfants au quotidien, la vue de mes propres enfants à mes côtés lui est tout d’un coup devenue intolérable. Très vite, il m’a dit qu’il n’y arrivait plus. Et surtout, ne se sentant plus père, il a perdu tout intérêt à être beau-père. Il est passé par une phase où il s’est mis complètement en retrait de la famille. Jusqu’à manger en décalé pour éviter le temps du dîner.
Le couple fragilisé
J’ai vraiment eu peur pendant ces quelques mois pour nous. Je comprenais sa souffrance mais j’avais toujours mes enfants dont je devais m’occuper. Je culpabilisais des bons moments que je passais avec mes fils, j’en faisais des tonnes quand ses enfants rentraient pour le week-end mais quand ils revenaient, j’avais l’impression que plus rien n’était naturel. Ca a été compliqué comme ça pendant 3-4 mois. Et puis on a réussi à parler tous les deux, et je crois qu’il a réussi à trouver des moyens d’être présent pour ses enfants à distance. Et petit à petit, il est “revenu” dans la famille. Aujourd’hui, on a retrouvé un équilibre à 4, il plaisante avec mes enfants, s’investit davantage. Mes fils ont compris aussi que c’était compliqué pour lui, j’ai l’impression que leur relation s’est “déplacée” un peu. En tout cas, ça va mieux. Mais j’ai vraiment eu peur de le perdre.”
3 conseils pour passer le cap du changement des rythmes de modes de garde
1- Parler et écouter (vraiment)
Faire l’autruche ou cacher tous les différends de votre couple sous le tapis ne va rien résoudre. Si le changement est difficile à vivre pour vous, il est important que vous puissiez en parler à votre conjoint. Et en tant que partenaire, il est important que vous puissiez écouter, pour que personne ne se sente oublié, écarté, invisibilisé. Et puis des compromis ou des organisations nouvelles peuvent être trouvés pour adoucir le changement.
Ces discussions, parce qu’elles partent de la présence ou de l’absence d’un de vos enfants, seront certainement difficiles, tendues, fortement émotionnelles. Pour éviter de blesser l’autre ou de ne pas être compris, n’hésitez pas à bien expliquer vos besoins. La CNV peut vous aider à aborder ce sujet touchy par excellence.
2- Accepter que l’autre “bouge”
On ne se parle pas là d’une simple histoire de calendrier : c’est souvent toute l’organisation de la famille qui doit être repensée pour que les besoins de chacun soient écoutés. Votre amoureux éprouve le besoin de sortir plus souvent depuis que vos enfants sont là à temps plein ? C’est normal. Il ne fuit pas la maison, il ne vous fuit pas pour autant, il a juste besoin de trouver un autre équilibre. Acceptez de passer par une phase où il peut prendre de la distance et où vous allez moins le voir. Profitez-en au contraire pour passer du temps de votre côté avec vos enfants.
Votre partenaire voit moins ses enfants depuis un changement de mode de garde ? Il est normal que le week-end où ils reviennent, ils aient envie de plus de temps ensemble. Voire de temps « rien qu’à eux « seuls » ensemble. Ne vous sentez pas exclu.e pour autant : cela n’a rien à voir avec vous. Ce temps “resserré” aide tout le monde à se remettre “en contact” et à compenser le manque qui s’est fait sentir, avant. Comme un besoin de se remettre au diapason après s’est désynchronisés. Prenez ce temps pour prendre soin de vous ou faire une activité que vous aimez : il y a fortes chances que vous retrouviez parent et enfants plus sereins après ce moment partagé.
3- Aménagez-vous d’autres temps à deux
Les changements font tanguer le couple. Et si ce changement implique d’avoir des enfants à la maison plus souvent, conserver des temps à deux, en amoureux, devient à la fois plus compliqué et encore plus nécessaire. Justement parce que le temps du couple se raréfie. Trouvez d’autres rituels à deux (un déjeuner de temps en temps ?), peut-être plus courts, peut-être moins fréquents. Mais ne faites pas l’impasse sur vos besoins à vous en tant que couple : garder une communication fluide et une entente forte, c’est précisément ce qui vous permettra de sortir ensemble de cette zone de turbulences.
Et bien sûr, si besoin, n’hésitez pas à solliciter l’aide d’un tiers pour vous aider à traverser ce gros changement.



