
Les secrets des familles recomposées qui durent
Existe-t-il une recette miracle pour que sa famille recomposée fonctionne ? Un mode d’emploi infaillible pour que tout le monde s’entende et soit heureux dans la nouvelle tribu ? Bien sûr que non ! En revanche, Gloria Repond Azinhaga – docteur en psychologie et auteure d’une thèse et d’un livre sur les familles recomposées – a, au fil de ses enquêtes et entretiens, identifié des points communs parmi les familles qui parviennent à des recompositions durables. Voici ses 4 clés de réussite.
1- Une bonne coparentalité
Gloria Repond Azinhaga: “Une bonne coparentalité, c’est faire équipe, c’est aller dans le même sens pour le bien de l’enfant. Et on ne s’en rend pas toujours compte mais c’est primordial pour la qualité de la relation de couple. Car une bonne coparentalité fait des enfants qui vont bien et qui peuvent développer de bonnes relations avec leur parent et leur beau-parent. Et cela va rejaillir positivement sur la relation de couple (à l’inverse, si les relations sont tendues entre l’enfant et son beau-parent, cela risque de créer des tensions dans le couple). Il y a donc comme un effet de vase communicant entre d’un côté, une bonne coparentalité et de l’autre, une bonne conjugalité. Cela va dans les 2 sens. C’est pour cela qu’une bonne coparentalité est un élément important pour une famille recomposée “qui fonctionne”.”
2- Une bonne satisfaction conjugale
Gloria Repond Azinhaga : “La satisfaction conjugale est essentielle. Rappelons-le : dans une famille recomposée, si le couple se sépare, la famille disparaît (les beaux-parents n’ont aujourd’hui aucun droit sur leurs beaux-enfants en cas de séparation). Or la relation de couple dans une famille recomposée a une spécificité par rapport aux premières unions : elle se construit en même temps que la relation avec les enfants. Contrairement aux premières histoires, où le couple précède la parentalité, ici tout se superpose.
Surtout que dans de nombreuses familles recomposées, certains parents peinent à donner du temps à la relation amoureuse et à en prendre soin avec les enfants au milieu. Ils sont occupés à faire tourner le quotidien. Et il y a autre chose, aussi, selon moi : les familles recomposées ont tendance à se séparer encore plus vite car les parents vont donner la priorité aux enfants. Attention, ils ne vont pas se séparer “à cause” des enfants. Mais parce que quand un parent voit que son enfant ne va pas bien (même si c’est pas l’enfant le problème, c’est plus souvent un révélateur de difficultés), il va faire passer le bien-être de son enfant en premier et va choisir de sortir de la relation.

A lire pour en savoir plus
Familles recomposées: du conte de fée à la réalité, Témoignages et conseils concrets, de Gloria Repond Azinhaga, Editions Favre
Il ne faut pas oublier que la séparation, c’est presque plus facile pour ces parents qui en ont déjà vécu une : ils en ont déjà l’expérience ! Ils l’ont fait une première fois, ils ont les moyens de partir car ils savent gérer les aspects logistiques : ils savent maintenant qu’ils sont capables de dire stop à une relation qui ne leur convient pas. Et qu’ils sont capables de vivre seuls avec leurs enfants… Car ils sont déjà passés par là.
Cela rend les débuts du couple et de la famille recomposée particulièrement fragiles. En revanche, les recherches le montrent : passé un certain cap, la satisfaction conjugale des couples recomposés est identique à celle des couples de première union. Ce sont souvent les deux premières années qui sont souvent les plus fragiles, mais après cinq ans, les couples recomposés sont plus stables. Passé sept ans, les différences s’estompent complètement selon les études.” Cela ne signifie pas qu’il faut simplement « attendre » que le temps fasse son effet mais que ces familles ont trouvé le moyen de s’accorder et ont ainsi trouvé un équilibre.”
3- Un beau-parent qui se sent suffisamment en sécurité
Gloria Repond Azinhaga : “Les beaux-parents n’ont, légalement, aucun droit sur les enfants de la famille recomposée, même s’ils ont passé 15 ans à les élever. C’est un fait extrêmement violent. Et cela a un impact considérable sur la nouvelle famille. Car tant que le beau-parent ne se sent pas en sécurité dans sa relation de couple, s’il s’imagine qu’une séparation peut survenir, il ou elle peut hésiter à s’investir auprès des enfants. Ou décider de se mettre en retrait. C’est une forme d’autoprotection assez naturelle. Mais cette distance peut pénaliser la construction de la famille recomposée et fragiliser le couple (surtout quand le parent ne comprend pas forcément cette distance).”
4- Des relations authentiques (soit des familles qui n’ont pas peur du conflit)
Gloria Repond Azinhaga : “Une des conclusions de mes enquêtes, c’est que la qualité de la relation entre le beau-parent et l’enfant participe beaucoup de la réussite de la famille recomposée. Mais que bien souvent, ce qui fait la clé du succès de cette relation, c’est l’authenticité. Notamment pour les belles-mères.
Car les enfants sentent très bien ce qui sonne juste ou pas. Ce qui compte, c’est que chacun se sente suffisamment en sécurité pour être vrai. J’ai connu par exemple une belle-mère qui bloquait sur le “bisou du matin” à son beau-fils. Elle s’est rendu compte qu’elle n’en avait pas spontanément envie mais que l’enfant non plus n’en avait pas spécialement envie. Cela a fini par créer des tensions qu’elle ressentait même physiquement. Elle a fini par oser le dire et a trouvé d’autres moyens de se saluer le matin : se dire bonjour, tout simplement, avec respect, justesse, mais sans se forcer. En résumé, il n’y a pas de formule magique, que c’est à chacun d’inventer une relation unique.
Mais cela ne se fait pas tout seul ! Dans l’exemple cité, il a fallu que cette belle-mère se sente suffisamment secure pour dire “je ne veux pas embrasser ton enfant chaque matin” à son compagnon, que celui-ci l’accepte (ce qui peut être vécu comme un rejet de son enfant et donc difficile à vivre pour le père) et que cette belle-mère s’autorise à ne pas faire de bisou à l’enfant. Est-ce que c’est facile ? Pas du tout !
Car il faut oser dire. Oser le conflit. Car le sujet qui fâche, si on ne l’aborde pas, il va rester là. Il va venir envenimer la situation, encore et encore, jusqu’à l’explosion. Alors que le conflit peut être constructif. Il peut permettre d’aborder ses besoins, ses limites, en toute transparence. De dire clairement : “Ca, il faut que ça change”. Et de trouver des compromis ensemble.”
En conclusion, pour une famille recomposée qui dure…
Gloria Repond Azinhaga : “Il n’y a pas de modèle de famille recomposée réussie unique. Chaque famille doit inventer ses propres règles. La clé, quand on est parent ou beau-parent, c’est de soutenir l’autre, construire un cadre commun, et cultiver un message cohérent et rassurant pour l’enfant. C’est ce cadre qui favorisera un bon développement de l’enfant et des relations entre tous les membres. Et c’est le meilleur terreau pour une famille recomposée qui dure.”
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