Séparation et appauvrissement des femmes
Parent solo

“La séparation appauvrit les femmes, mais elle rend surtout visible un appauvrissement qui a commencé bien avant”

En France, 20% des femmes basculent dans la pauvreté après une séparation. Les hommes, 8%. Comment expliquer que les femmes s’appauvrissent davantage… et souvent bien plus durablement ? Le Palais de la Femme, qui fête ses 100 ans cette année, accueillait ce mardi 14 avril une table sur le sujet, où il a été question d’emploi, d’accidents de la vie, du système fiscal français à moderniser… mais aussi du poids de la famille et des conséquences très lourdes, souvent, du divorce. 

16,1%. En France, en 2026, plus de 16% des femmes sont considérées comme pauvres. Les hommes, par comparaison, sont 14,6%. 1,5 points de différence qui cachent pourtant des trajectoires de vie et des situations financières très contrastées.

Mais quand on regarde dans les détails, on note aussi qu’il y a 70% de femmes parmi les travailleurs pauvres, qu’elles représentant 77% des allocataires du RSA (coucou les problèmes de mode de garde qui les obligent bien souvent à quitter leur job) et elles sont 3 fois plus nombreuses que les hommes à occuper un travail à temps partiel.

La femme n’est pas l’égale de l’homme sur le marché du travail

Et cette question de l’emploi est assez centrale. Laetitia Vitaud, autrice, conférencière, spécialiste du travail des femmes, a ainsi listé toutes les “pénalités” qui pèsent sur les carrières féminines : 

  • des discriminations, toujours, à l’embauche ou dans les évolutions de carrière
  • une ségrégation professionnelle toujours assez forte : les femmes demeurent surreprésentées dans les métiers essentiels qui sont aussi les moins bien rémunérés
  • mais surtout le fait que les femmes sont souvent exclues des parcours professionnels linéaires. Ces parcours qui permettent d’évoluer au fil de sa carrière et où l’ancienneté paie. Au contraire, elles ont souvent des parcours hachés, avec des pauses professionnelles ou des temps partiels qu’elles paient au prix fort. 

Car l’effet financier est immédiat (moins ou pas de rémunération sur le moment) mais il se ressent aussi sur le long terme : moins de rémunération, c’est aussi moins de cotisations (et donc moins de retraite), et souvent des emplois considérés comme “sans ambition” dans lesquels les perspectives d’évolution et les promotions sont rares. C’est ce qu’on appelle le “plancher gluant”, qui les piège tout autant que le plafond de verre car il leur est difficile, ensuite, de se remettre “dans le circuit” et de retrouver leur trajectoire de carrière précédente… et le niveau de rémunération antérieur. 

Or cet impact au long cours est rarement abordé dans le couple quand les enfants naissent, que les modes de garde se font rares et que se pose la question pour la mère de lever le pied ou d’arrêter de travailler pour garder les petits. Mais ce qui est peut être une solution pragmatique pour le couple à l’instant T peut avoir des répercussions très lourdes sur les finances des femmes. Par manque d’éducation financière, les mères ne projettent pas cet impact à long terme… et le piège se referme un peu plus.

A lire

La famille recomposée mise en scène par la journaliste et autrice Titiou Lecoq. On vous raconte ici pourquoi on vous le recommande.
Et pour le commander, c’est ici : Une Epoque en or, de Titiou Lecoq, Editions L’Iconoclaste.

La séparation comme charnière et accélérateur d’inégalités

Surtout si, quelque temps plus tard, le couple explose (comme environ un couple sur deux aujourd’hui, pour rappel). Et qu’après la séparation, la mère se retrouve seule, avec ses enfants. Elle doit alors faire face à :

  • un salaire structurellement plus bas. Historiquement, rappelle Titiou Lecoq, journaliste et autrice féministe, le salaire des femmes a été considéré comme un salaire d’appoint pour le ménage. Mais quand la femme se retrouve seule avec ses enfants, ce salaire devient de faire nettement insuffisant. Pour rappel, 82% des familles monoparentales ont à leur tête une femme. Et 40% de ces familles sont considérées comme pauvres.
  • une “pénalité maternelle” élevée : c’est ainsi que l’on calcule le “coût d’être mère”. Concrètement, il consiste à mesurer la perte de revenus x années après la naissance d’un enfant. Or en France, elle reste relativement élevée, de l’ordre de 30%. C’est deux fois moins qu’en Allemagne, mais c’est bien plus que dans les pays scandinaves (autour de 15 à 20%)
  • “La séparation, c’est le moment où l’on fait les comptes”, rappelle Titiou Lecoq. Et à l’heure du bilan, les femmes se retrouvent souvent désavantagées. La journaliste l’a théorisé sous l’expression “théorie du pot de yaourt” : “Le crédit immobilier représentant souvent une grosse dépense, les mensualités sont souvent prises en charge par le gros salaire du couple – donc par Monsieur. Madame, elle, va alors plutôt prendre en charge des dépenses du quotidien : les courses, les factures d’électricité. A l’heure des comptes, Monsieur dira “J’ai travaillé dur pour payer l’appart, je repars avec”. Résultat : il garde un toit au-dessus de sa tête, alors qu’il restera à quoi Madame ? Les pots de yaourt. Ce qui explique, selon Titiou Lecoq, qu’en réalité “La séparation appauvrit les femmes, mais elle rend surtout visible un appauvrissement qui a commencé bien avant”.
  • des déconvenues parfois quand elles se pensaient protégées par une union. Mauvaise surprise, le PACS ne vaut pas grand-chose et le mariage peut virer au cauchemar du fait de la conjugalisation des dettes. Car il arrive que pendant le temps du mariage, Monsieur ait engagé des dépenses ou pris des crédits sans en avertir leur épouse, qui va pourtant être redevable des sommes engagées. Laura Testoni, chargée d’inclusion financière au Crédit Municipal de Paris, racontait ainsi que certaines femmes peuvent voir saisir leur épargne ou se retrouvent fichées à la Banque de France car elles ont dû, pour s’en sortir, constituer un dossier de surendettement.
  • une prise en charge inégalitaire aux frais liés aux enfants. En France, on estime qu’après une séparation 75% des enfants restent avec leur mère en garde exclusive. Les pères sont alors censés contribués via la très mal surnommée “pension alimentaire” : la contribution à l’entretien et l’éducation des enfants (il ne s’agit pas d’une rente, mais d’un remboursement partiel des frais engagés par la mère). Or en France, la moyenne de cette contribution s’élève entre 170 et 190 euros par mois et par enfant. Mais on considère que le montant réellement nécessaire pour un enfant s’élève entre 600 et 625 euros par mois en moyenne… 

A court ou moyen terme, le compte n’y est pas et la santé financière des mères solos vacillent.

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Quand on fait la liste des écueils auxquels les femmes doivent faire face au cours de leur vie pro ou familiale, il n’y a aucune honte ou culpabilité à galérer à joindre les deux bouts. Le Conseil Municipal de Paris propose un accompagnement gratuit pour vous aider à sortir de l’impasse. Ateliers collectifs, coaching individuel… Pour découvrir cette super initiative “Parcours budget”, rendez-vous sur le site du Crédit Municipal de Paris

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Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.