4 a priori qui alimentent les conflits en famille recomposée
Famille recomposée,  Heureux ensemble

Famille recomposée : ces 4 a priori qui font flamber les conflits

Au moindre désaccord, c’est l’explosion au sein de votre tribu ? Avec les enfants, votre conjoint, voire les ex, les sujets ne manquent pas pour rentrer dans des conflits ouverts… et épuisants. Savez-vous que certains biais dans notre façon de considérer les autres viennent nourrir les incompréhensions, les frustrations et enflammer les situations familiales ? En voici 4 fréquents, tirés du livre “Accepter le conflit pour adoucir sa vie” de Franck Martin. Ils vous aideront à mieux comprendre l’origine de ces explosions et comment éviter de mettre le feu aux poudres.

Qu’il est difficile de dire les choses avec justesse et empathie (et d’être entendu.e, aussi) quand des sentiments forts sont à l’œuvre ! Et la famille recomposée, avec ses loyautés complexes et ses rivalités inconscientes, est un environnement ultra-propice aux malentendus, désaccords… et émotions explosives.

Dans son ouvrage “Accepter le conflit pour adoucir sa vie » (Editions Eyrolles), Franck Martin liste 4 mécanismes inconscients qui nous empêchent de bien communiquer et alimentent les conflits en général. Et qui sont hautement inflammables dans le cadre d’une recomposition.

1 – Croire connaître l’autre

Ca nous arrive (presque) à tous, un jour : se retrouver face à un interlocuteur dont vous vous dites « je le connais comme si je l’avais fait, je peux deviner toutes ses réactions ! ». Ou d’une personne plus éloignée (sans toujours que j’en aie confiance) devant laquelle pourtant, « je me permets de juger, de commenter intérieurement ce qu’il me dit. Je présuppose, je scénarise. (…)”.

Vous vous retrouvez dans ces mots ? C’est vrai qu’en vivant sous le même toit, on a très souvent l’impression de bien connaître son partenaire ou son enfant… Mais est-ce bien le cas ? Sommes-nous vraiment capables de nous mettre à sa place et de savoir ce qui le traverse ? Rarement, en réalité, car nos expériences de vie sont différentes (du fait de nos âges, nos histoires personnelles, notre couple précédent pour les adultes). Et parce que la recomposition n’est jamais vécue de la même façon d’un membre à l’autre de la famille.

Pourtant, il existe un vrai risque à être persuadé de bien connaître l’autre, selon Franck Martin. “Je passe totalement à côté de ses besoins, de ses envies, de ce qu’il attend de moi, de ses peurs, de ce qu’il aime, de ses intentions, de ce qu’il est capable de me dire (…) ou au contraire de ce qu’il garde dans son intimité”. Et souvent, on a vite fait de projeter des intentions sur des mots ou des attitudes qui en sont dépourvues.

La solution ? Et si on écoutait – vraiment – l’autre et ses besoins sans partir du principe qu’on a déjà les réponses ou que l’on sait mieux que lui ?

2 – Penser que l’autre est “comme moi” 

Parce qu’on s’aime, parce qu’on a fait face ensemble à des moments difficiles, ou parce qu’on a traversé des épreuves plus ou moins similaires, il est tentant de projeter que l’autre ressent “comme moi”, qu’il réfléchit “comme moi”, qu’il réagit “comme moi”…

Ce qui ouvre malheureusement la porte à des interprétations erronées quand l’autre emprunte des chemins, des pensées ou utilise des mots que nous n’aurions pas choisis. Franck Martin nous met en garde : c’est d’ailleurs souvent ce qui conduit à ces disputes de couple, qui éclatent à la suite de remarques de type : “Moi dans un contexte comme celui-ci, j’aurais fait comme ceci ou cela”.

La solution ? Et si on arrêtait toutes les phrases qui commencent par « Moi, à ta place, j’aurais fait… » ?

3 – Penser que l’autre est comme tout le monde 

Si tous les parents en famille recomposée font comme ça, pourquoi votre compagnon, lui, réagit autrement ? Puisque les femmes ont tendance à être maternelles, pourquoi votre nouvelle compagne n’aime pas s’occuper de vos enfants ?

Pourquoi ? Parce que vous pratiquez “une magnifique généralisation, (vous) plaçant inconsciemment au centre du monde” nous dit le spécialiste. Chacun est unique et le problème, nous prévient-il, c’est que nous focaliser sur ces différences nous aveugle sur tout le reste, nous ne voyons plus rien d’autre… Ce qui est un mauvais point de départ pour réussir à communiquer sereinement et trouver des solutions ensemble.

La solution ? Et si on essayait vraiment de se mettre à la place de l’autre et non pas d’attendre de lui qu’il se comporte d’une certaine manière ?

4 – Penser que l’autre est si différent de moi que je ne le supporte pas ! 

C’est un schéma, très fréquent également, selon l’auteur : comme l’autre paraît très éloigné de moi “dans son histoire, dans ses valeurs, sa façon de s’habiller, de parler, de vivre, de porter ses idées… alors je le raye de mon monde. Cela mène à des comportements d’ostracisme… L’autre se sent vraiment nié”. Beaucoup de beaux-parents, sans le vouloir ni en avoir conscience, sont heurtés par l’éducation qui est donnée leurs beaux-enfants (et qui est bien loin de celle qu’ils donnent eux à leurs enfants ou qu’ils trouveraient simplement correcte). Politesse, valeurs, considération pour les autres… Ces différences sont d’autant plus difficiles à vivre en famille recomposée qu’elles sont l’héritage de la famille précédente ou de l’éducation de l’ex. Résultat ? Cela peut pousser les uns (encore une fois très inconsciemment) à considérer les autres comme de purs étrangers… qu’ils finissent bientôt par ne plus supporter.

Et cela rejaillit quasiment toujours sur le couple recomposé, car le parent peut alors incarner, aux yeux du beau-parent, une éducation et des valeurs inconciliables avec les siennes. (L’inverse marche également). Difficile alors de dialoguer ou d’éteindre les braises d’un conflit naissant. Pourtant les points communs demeurent, si vous y prêtez attention.

La solution ? Et si au lieu de se focaliser sur les différences, on essayait de se concentrer sur ce qui rapproche ? Comme nos valeurs communes ? Nos goûts communs ?

Objectif : rester ouvert

Le point commun de tous ces “pièges” inconscients dans notre façon de voir les autres membres de la famille recomposée ? Ils nous poussent à “nier l’autre” et à vouloir leur imposer “notre réalité”.

La solution ? Ecouter (vraiment) les besoins des membres de la tribu (y compris les besoins des enfants) en leur laissant l’opportunité de parler librement, sans être interrompu ni jugé, même si ce qu’ils ont à dire peut être inconfortable voire douloureux à entendre. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est aussi la clé d’une bonne communication et d’une famille recomposée en bonne santé.

A lire aussi sur Les Nichées

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.