Belles-mères, beaux-pères : pourquoi leur expérience de la famille recomposée est si différente
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Belles-mères, beaux-pères : pourquoi leur expérience de la famille recomposée est si différente

Justine Vincent est sociologue et a travaillé près de dix ans sur les familles recomposées. Ce qu’elle a découvert ? Représentations collectives, attentes de la société… les belles-mères portent souvent une charge plus lourde – et parfois invisible – que les beaux-pères ou même les pères. Exploration de ces différences de genre aux conséquences XXL sur la vie de famille.

Les Nichées : Cela fait presque 10 ans que vous travaillez sur les familles recomposées. Lors de vos enquêtes, des entretiens que vous avez menés autour du “faire famille”, vous dites avoir noté des différences entre l’expérience des beaux-pères et des belles-mères. Comment se caractérisent-elles ?

Justine Vincent : Oui, c’est le principal résultat de ma thèse : il existe effectivement une grande différence d’expériences entre les beaux-pères et les belles-mères mais aussi les pères et les mères en famille recomposées. Les hommes et les femmes n’apparaissent pas du tout logés à la même enseigne. Premier élément que j’ai constaté : les représentations collectives de la belle-paternité et belle-maternité ne sont pas du tout les mêmes. Dans mes entretiens, est beaucoup revenue la figure de la marâtre. Cette “méchante belle-mère”, figure de conte de fées, reste bien présente dans l’imaginaire collectif… et n’a aucun équivalent masculin.

L’autre élément-clé repose sur l’engagement du beau-parent auprès des beaux-enfants qui s’articule autour de deux paramètres : des attentes de genre différenciées et la question du temps de présence au domicile. Car malgré tout, les belles-mères sont rarement des belles-mères du quotidien : la résidence principale étant encore majoritairement chez la mère, 3 fois sur 4, la belle-mère ne vit qu’un week-end sur deux et la moitié des vacances, avec ses beaux-enfants. Cela entretient des relations “en pointillé”, où elles reprennent des nouvelles et se mettent à jour tous les 15 jours, quand les beaux-pères sont bien souvent plus présents au quotidien. Cela ne crée pas du tout le même type de lien.

Justine Vincent est sociologue de la famille et chargée d’enseignements à l’université Lyon 2 depuis plusieurs années. Retrouvez ses articles relayés sur Les Nichées :
Familles recomposées : la délicate question de l’égalité entre les enfants
Familles recomposées : belle-mère, une place toujours inconfortable
Plus d’infos sur son travail : https://www.centre-max-weber.fr/Justine-Vincent 

Les Nichées : Les beaux-pères sont-ils de ce fait, plus naturellement présents et engagés ?

Non, loin de là. Car – et c’est un élément fondamental – beaux-pères et belles-mères ne font pas du tout face aux mêmes attentes quand il s’agit d’engagement auprès des enfants. Que ce soit la famille, le ou la partenaire, la société… il est attendu des femmes qu’elles soient impliquées et maternantes pour les enfants en général, qu’ils soient les leurs ou non. Avec en prime une injonction contradictoire pour les belles-mères vis-à-vis de leurs beaux-enfants: oui, elle sont en charge de la majorité des tâches domestiques et parentales à la maison, mais non, elles ne doivent se substituer à la figure paternelle au quotidien (ni à la figure maternelle par ailleurs).

Les beaux-pères, eux, peuvent rester beaucoup plus à la marge de ces tâches. Cette attitude de retrait est plutôt bien acceptée car plus facilement compatible avec les normes de masculinité que celles de la féminité.

Ce qui rend l’expérience plus complexe encore, c’est que le rôle de chacun est très dépendant des parents extérieurs au foyer. Dans les entretiens que j’ai pu mener, certains pères d’origine se révélaient moins investis que les beaux-pères. Les mères alors s’estimaient chanceuses d’avoir trouvé un homme qui s’impliquait beaucoup. Mais à l’inverse, une belle-mère qui serait beaucoup plus présente que la maman serait regardée de manière beaucoup plus circonspecte…

Sans compter que la gratitude du père à l’égard de la belle-mère pour son rôle auprès de ses enfants est rarement formulée. C’est d’ailleurs un problème fréquemment rencontré en famille recomposée.

Comment sortir de cette situation ? Les belles-mères peuvent-elles refuser de prendre en charge le quotidien à la maison, le soin des enfants ? Est-ce que c’est une solution choisie par certaines des familles que vous avez rencontrées ?

En réalité, cette tension normative autour du rôle des femmes en famille recomposée pourrait être en partie résolue si les pères exprimaient davantage les “territoires autorisés” : les tâches sur lesquelles ils ont besoin d’aide, celles pour lesquelles ils gardent la main. Là où s’arrête ou commence le rôle de chacun en somme. Il apparaît que les femmes sont en demande de ce type d’explication de la part de leur conjoint, elles aimeraient qu’ils posent un cadre qui leur éviterait de se demander jusqu’où elles doivent faire… et si elles font suffisamment ou trop.

Les beaux-pères ne rencontrent-ils pas le même problème face à la mère des enfants ? Pour les beaux-pères, la question se pose beaucoup moins car les mères cadrent plus facilement ce qu’elles attendent – et n’attendent pas – de leur conjoint. Ce qui apparaît au final assez normal car toute la charge relationnelle incombe naturellement aux mères. Quand ce sont les pères qui se lancent dans une famille recomposée, ils se retrouvent obligés de prendre cette charge relationnelle dont ils n’ont pas l’habitude.

En sociologie, on parle de position nodale : ils se retrouvent à être “la personne au centre”, celle qui est en capacité de faire le lien et qui doit faire le pont entre les différents protagonistes. Et les pères ont parfois du mal avec ça. Ils n’ont pas l’habitude de prendre cette charge et se retrouvent désarmés quand ils doivent composer avec les attentes de la mère d’un côté, et de la nouvelle femme de l’autre. Alors qu’une mère qui se retrouve en position nodale, elle, est dans la continuité. Car elle a l’habitude de ce rôle central.

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Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.