Belle-mere hypersensible double peine
Famille recomposée,  Trouver sa place

Belle-mère et hypersensible : la double peine

Trouver sa place en famille recomposée n’est facile pour personne. Mais quand on est hypersensible, l’équation se complique encore : peur d’être en trop, besoin de plaire, tendance à se sur-adapter jusqu’à s’oublier… Nathalie Haberstroh, coach certifiée, décrypte les 7 fragilités spécifiques des belles-mères hypersensibles. Et bonne nouvelle : elles ont aussi, souvent sans le savoir, de vrais super-pouvoirs à faire valoir.

1 – Une plus grande difficulté à trouver leur place pour les hypersensibles

Il n’y a pas de mode d’emploi en famille recomposée, aucune norme et souvent pas d’exemples dans notre entourage pour nous dire quelle est notre place dans la nouvelle configuration familiale. C’est à chacun, finalement, de la construire, à mesure que les relations se tissent.

Et si ce n’est facile pour personne, pour les hypersensibles, c’est une épreuve en soi, explique Nathalie Haberstroh : “La grande difficulté quand on est hypersensible, c’est de trouver sa place… et de prendre sa place. Elles ont toujours peur d’en prendre trop… ou pas assez ! Avec des questions en boucle dans leur tête comme :“Est-ce que je dérange ? Est-ce que je fais ce qu’il faut ?” “

Des doutes constants qui peuvent se révéler rapidement déstabilisants et épuisants.

2 – Une plus grande “perméabilité” au regard et avis des autres

Autre spécificité quand on parle de relations : ces personnes s’avèrent beaucoup plus sensibles à ce que disent les autres d’eux. “En réalité, elles ne savent pas ce qui est normal et ce qui ne l’est pas, résume la coach. ”Est-ce que je fais trop de bruit ? Est-ce que je suis trop timide, en retrait ?” Elles ont souvent la sensation d’être “fausses” car elles n’ont pas vraiment de repères. Or quand on n’en a pas, ce sont les autres qui deviennent nos repères. Résultat : on devient très perméables aux autres.”

A lire
Manuel de survie pour hypersensibles, indécis, insatisfaits et perfectionnistes
de Nathalie Haberstroh, aux Éditions Favre
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3 – Une forte tendance à se sur-adapter

Conséquence logique de cette perméabilité : les hypersensibles ne s’adaptent pas… ils se suradaptent ! Et ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. “Ces capacités d’adaptation peuvent être un atout : une personne hypersensible peut facilement se fondre dans une organisation, prendre les codes d’une famille, etc, précise Nathalie Haberstroh. Mais le risque, c’est qu’elle aille trop loin. Premier danger : qu’elle éprouve des difficultés à se faire respecter. Et même à se respecter elle-même. Deuxième danger : c’est le risque de surinvestissement. Elle va prendre sur elle la responsabilité de la situation… même si elle n’y est pas pour grand-chose”.

C’est un des grands classiques de la famille recomposée : la jeune belle-mère débarque dans la vie de son amoureux et de ses enfants. Hyperempathique et volontaire, elle va arriver en “sauveur”, prendre les difficultés à bras le corps, s’investir sans compter… en risquant de s’épuiser avant même de s’en rendre compte

4 – Un risque plus fort de “s’oublier” 

“Pour certaines personnes hypersensibles, notamment celles qui n’ont pas forcément grandi dans un environnement sécure, “sauver les autres” permet de “gagner l’amour des autres”, décrypte la coach. En donnant tout à la famille, elles “achètent” en quelque sorte la considération qu’elles n’arrivent pas à s’apporter elles-mêmes”.

Le risque, c’est qu’elles ne perçoivent pas la ligne rouge qui sépare le don de soi du sacrifice, la volonté de s’investir dans la vie de famille du surinvestissement qui fait qu’elles vont tout simplement s’oublier, se perdre de vue bien plus facilement que d’autres. “En voulant tenir un rôle parfait, elles vont oublier d’écouter leurs besoins, poursuit Nathalie Haberstroh. Ont-elles vraiment envie de devenir une babysitter bénévole ? De prendre la responsabilité d’un enfant qui n’est pas le leur ? Parce que leur empathie leur donne envie de tout donner, elles vont s’empêcher de s’écouter et potentiellement de se dire : “En fait, non, je n’en ai pas envie”.

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5 – Une tendance à se comparer (toujours négativement)

Autre caractéristique des hypersensibles qui les rend particulièrement vulnérables : “elles font souvent preuve d’une très grande exigence envers elles-mêmes, d’un perfectionnisme très fort. La coach prévient ainsi : elles manquent fondamentalement d’estime de soi et peuvent apparaître comme des éternelles insatisfaites.” Mais dans le cadre de la famille recomposée, cela va surtout les rendre sujettes à la comparaison… mais une comparaison qui est rarement  – voire jamais – en leur faveur ! “L’autre va leur sembler toujours meilleur et cela va les encourager dans leur quête vaine de perfection”. Et cette autre, quand on est belle-mère, c’est souvent la première femme du père, cette ex avec laquelle elles vont vouloir (parfois bien malgré elle) rivaliser.

“Mais c’est une comparaison qui n’a aucun sens, alerte Nathalie Haberstroh, car cela revient à comparer deux couples, deux histoires, deux familles qui ne sont absolument pas comparables”. Cette comparaison, dont elles ne sortent jamais vraiment gagnantes, est donc doublement stérile, mais elle est pour beaucoup une vraie source de souffrance.

5 autorisations à se donner en tant que belle-mère, tirées du Manuel de Survie de Nathalie Haberstroh
“J’ai le droit de prendre ma place”
“J’ai le droit de dire non à l’autre pour me dire oui à moi-même”
“J’ai le droit d’avoir ma vérité et d’être mon propre repère”
“J’ai le droit de prendre mon temps et de trier ce qui n’a plus sa place dans ma vie”
“J’ai le droit de vivre selon mes besoins”

6 – Une très haute idée de l’amour (parfois paralysante)

“Les hypersensibles portent en général des valeurs très fortes, poursuit la coach. C’est le cas pour l’amour. Les femmes hypersensibles veulent croire au Prince Charmant. Mais attention à ne pas se laisser aveugler !” L’autrice appelle ainsi à la vigilance : “Quelle place me laisse-t-il dans la famille ? Auprès de ses enfants ? Quel est son comportement avec moi ? Il faudrait pouvoir prendre un peu de recul.” 

Les conflits de loyauté pour les enfants, la présence de l’ex… Tout peut concourir à donner à la belle-mère l’impression d’être sur un siège éjectable. Une position très inconfortable, souvent entourée de flou, qui peut la paralyser, littéralement. “Il ne faut pas rester dans le flou ! Un des facteurs de réussite de la famille recomposée est la communication. Même si c’est difficile, il faut pouvoir parler et établir une forme de contrat.” Pas forcément très romantique, certes, mais très utile au quotidien, pour éviter les zones grises, les doutes, les interprétations et les tensions.

7 – Une moins grande résistance aux tensions

L’histoire du couple précédent qui n’est pas toujours franchement apaisée, des enfants pris dans des conflits de loyauté… La famille recomposée peut aussi être le lieu de tensions multiples, quotidiennes et durables. Entre reproches récurrents et des gros clash, disputes incessantes et menaces à répétition, les crises peuvent se multiplier sous son propre toit, sans qu’on puisse s’en protéger tout à fait. “Le problème, c’est que les hypersensibles prennent tout plus fort, analyse l’autrice. Elles ne savent pas être détachées, lâcher prise comme d’autres y parviennent. Et donc, cela les rend beaucoup, beaucoup plus sensibles aux tensions qui traversent la famille recomposée.”

Faut-il pour autant renoncer à l’aventure de la famille recomposée si l’on est hypersensible ? Pas du tout ! Mais peut-être vaut-il mieux redoubler de vigilance : rester à l’écoute de nos besoins, pour toujours garder en tête que si notre bien-être est impacté par notre investissement dans la vie de famille, c’est que nous sommes allés trop loin, prévient la coach avant de conclure : “Il faut réapprendre à s’écouter et à se protéger dès qu’on sent qu’on commence à s’épuiser”.

Les super pouvoirs des hypersensibles en famille recomposée
Être hypersensible, c’est également avoir une “longueur d’avance”, parfois, en famille recomposée. Car nos “petites antennes” captent les signaux faibles, notre empathie nous aide à nous mettre à la place des autres. Un très bon point dans ces familles où bien souvent, on marche sur des œufs, où les loyautés sont multiples et où les liens se construisent avec de la confiance et du temps.
L’autre grand atout des hypersensibles ? “Ce sont des personnalités atypiques qui ont un avantage certain quand elles se retrouvent confrontées à une situation atypique. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de case “belle-mère” avec un mode d’emploi, et qu’elles fonctionnent mieux “hors cadre”, sans case pour les enfermer dans un rôle tout fait”.
A bon entendeur !

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Journaliste spécialisée en psychologie pendant quinze ans, j'ai collaboré avec de grands médias et interviewé des dizaines de thérapeutes, de chercheurs et de spécialistes de la famille. En 2022, j'ai fondé Les Nichées, le premier magazine dédié aux familles recomposées et aux parents séparés en France. Mère et belle-mère moi-même, formée notamment à l'approche systémique appliquée aux couples et aux familles, je propose aujourd'hui des groupes de parole et des accompagnements individuels pour vous aider à construire un équilibre familial serein et durable.