apprendre à poser des limites en famille recomposée ?
Famille recomposée,  Heureux ensemble

“Je n’en peux plus de toujours me sacrifier pour les autres” : comment apprendre à poser des limites en famille recomposée ?

Vous faites systématiquement passer les besoins des autres avant les vôtres ? Vous vous pliez toujours en 4 pour faire plaisir aux autres ? Vous êtes la queen ou le boss de la suradaptation permanente ? Les anglophones vous qualifieraient de people pleaser. Un comportement hérité de l’enfance qui peut s’avérer épuisant, surtout dans une configuration complexe comme la famille recomposée. Mais bonne nouvelle, on peut apprendre à se “déconditionner” pour rééquilibrer les relations et ne plus s’épuiser. Comment ? En apprenant à poser des limites. Les conseils au cas par cas de Betty Jereczek, psychologue et auteure de “100 Rituels confiance en soi”.

Je n’arrive pas à respecter mes besoins car je veux toujours faire plaisir aux autres. Comment réussir à poser des limites ?

Betty Jereczek : “La première étape, qui n’est pas évidente, est de prendre conscience que l’on fonctionne ainsi. A partir de là, il s’agit d’identifier une ligne rouge à ne pas dépasser, pour être en phase avec vos besoins. Mon conseil ? Demandez-vous systématiquement avant de faire quelque chose :  “Qu’est-ce que je fais par automatisme ? Qu’est-ce que je fais par plaisir ?” Tentez d’évaluer où se situe votre curseur. 

Prenons un exemple dans le cadre d’une garde alternée. Ce n’est pas votre jour de garde, mais le papa vous demande si vous pouvez prendre les enfants. Bien sûr, vous répondez oui. Mais posez-vous 2 minutes et demandez-vous : “Est-ce que je dis toujours oui même quand je ne suis pas disponible, même si ça complique ou pénalise mon travail ? Ou est-ce que je dis oui parce que ça me fait vraiment plaisir ?” Fondamentalement, ce n’est pas du tout pareil ! Devoir ou plaisir ? Besoin des autres ou mon propre besoin ? Pour repérer cette ligne rouge, prenez l’habitude d’interroger vos décisions : “est-ce que ça nourrit ma joie, mon énergie ? Est-ce que cela respecte mes limites ?”

Une deuxième étape consiste à réfléchir aux valeurs qui sous-tendent vos décisions. Demandez-vous : “Dans chaque action que je fais, quelle est la valeur derrière ? Est-ce que j’ai besoin de reconnaissance ? De créativité ? Qu’est-ce qui me guide quand je prends cette décision ?” Car vos valeurs sont  “cachées” sous ces décisions et ce sont elles qui peuvent vous guider pour poser des limites.

Mon compagnon réagit mal quand je tente de poser des limites. Il boude ou s’agace dès que j’essaie de dire que quelque chose ne me convient pas…

Betty Jereczek : « C’est malheureusement fréquent. Car c’est au moment où vous commencez à donner de l’importance à vos besoins, à vos opinions, à vos valeurs que tout va se compliquer… Tout simplement car cela va surprendre votre entourage. Vos proches se sont habitués à ce que vous soyez la variable d’ajustement donc assez vite, si vous refusez de vous suradapter en permanence, cela va créer des tensions. Car faire valoir vos besoins remet d’une certaine manière en question le contrat invisible qui sous-tendait la relation jusque-là. Le moment où vous décidez de ne plus vous oublier est en réalité un pivot invisible. 

Mais c’est aussi une traversée du désert. Car commencer à dire non va créer des frictions plus ou moins longues. Dans une relation saine, l’autre a besoin de temps, parfois, pour se réajuster mais il va le faire. En revanche, cela peut devenir problématique si vous vous rendez compte que des personnes dans votre entourage venaient profiter de votre gentillesse… et qu’ils n’ont pas l’intention de s’adapter à votre nouvelle donne. Cela risque d’être difficile mais ce sera alors à vous de trouver de nouvelles relations qui vous correspondent davantage. Cela demande beaucoup de courage et des clés – c’est souvent le moment où les femmes consultent – mais ce pivot difficile est véritablement libérateur.

Betty Jereczek
Psychologue et hypnothérapeute depuis dix-sept ans, Betty Jereczek accompagne les femmes qui ont déjà beaucoup travaillé sur elles-mêmes, mais continuent à se retenir dans leur vie personnelle ou professionnelle.
Formée aux thérapies cognitives et comportementales, à l’ACT et à l’hypnose, elle relie compréhension psychologique, travail avec l’inconscient et expérimentation dans le quotidien.
Sa spécialité : intervenir à l’endroit où l’analyse seule ne suffit plus. Là où une femme sait pourquoi elle se tait, se suradapte ou recherche l’approbation, mais n’arrive pas encore à agir autrement.
Après 17 ans de pratique, Betty Jereczek constate que de nombreuses femmes ne manquent plus d’informations, mais d’expériences concrètes pour transformer leur lucidité en nouvelles décisions. Son travail permet de passer de “je sais pourquoi je me retiens” à “je me soutiens assez pour me choisir”.
Betty défend une vision concrète de la confiance et de l’amour de soi : ils se construisent aussi dans les décisions que l’on prend lorsque se choisir risque de déplaire.
Retrouvez-la sur : www.bettyjereczek.fr et sur son compte Youtube

J’ai peur de poser mes limites. Il y a déjà tellement de tensions, j’ai peur d’aggraver la situation…

Betty Jereczek : « Arrêter de vouloir contenter tout le monde et de se sacrifier en permanence dépasse finalement la question des limites ou d’un mode d’emploi pour apprendre à dire non. Cela touche à mon identité : est-ce que je veux être cette personne qui aide toujours les autres ? Cette personne qui laisse les autres abuser de sa gentillesse ? Ou est-ce que je souhaite devenir une femme qui dit non à la suradaptation… Même en tremblant ?

C’est un travail très profond qui nécessite de se reconnecter à sa propre valeur. Et à la conviction que “J’ai le droit de ne pas être d’accord, de ne pas faire plaisir… tout en restant quand même quelqu’un de bien !”

Famille recomposée : « Je fais tout pour que ça marche mais… »
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Quand je dis “non”, quand j’essaie de faire respecter mes limites, j’ai l’impression de passer “pour la méchante”

Betty Jereczek : « Les autres ne soient pas contents qu’on arrête de se suradapter ? C’est normal et cela va nous obliger à travailler sur l’image que l’on a de soi. Car oui, cela peut impliquer de passer parfois “pour la méchante” au regard de quelques-uns. 
Bien sûr, cela peut faire peur, on touche là une croyance limitante très ancrée pour beaucoup. Mais si vous êtes parfaitement alignée avec vos valeurs… tant pis ! Si vous ne rendez pas forcément service, si vous n’aidez pas, si vous restez ferme, vous pouvez être tentée de vous dire que c’est méchant, que ça va blesser quelqu’un. Mais en réalité, c’est juste être soi !

Dépasser la peur de mal faire et de ne plus être aimé est ce qui permet de sortir des rôles que l’on nous a assignés. On n’est pas obligés de porter les costumes dont on a hérités. On peut se défaire de loyautés qu’on ne veut pas léguer à nos enfants. Demandez-vous par exemple : quel modèle est-ce que je souhaite donner à ma fille ? Quel monde pour les femmes sommes-nous en train de créer ? Sortir du sacrifice et apprendre à se faire plaisir est important. On peut être aimée et validée en étant soi, même imparfaite. Et ça, c’est une sacrée leçon à transmettre à nos enfants et en particulier à nos filles.

Surtout, cela nous permet de gagner en cohérence interne. Plus on est aligné.e avec ses valeurs, plus on se reconnaît, plus on s’aime, plus on vit des relations respectueuses… qui sont aussi beaucoup moins énergivores. C’est la spirale vertueuse de l’estime de soi qui se met en place : plus on pose ses actions, plus on nourrit notre amour de soi, plus nos relations seront saines et harmonieuses, y compris avec nous-mêmes ! On a donc tout à y gagner…

Comment commencer à poser des limites quand on a toujours dit “ok”
“Si on n’a jamais fait de sport, l’Everest est forcément très très haut. Dans mon “Carnet”, j’explique comment décomposer “la montagne” en petits exercices : comment prendre conscience des automatismes, de ce qu’on ne veut plus, de ce qu’on veut à la place.
Première étape : prendre des notes au quotidien. Notez quand vous avez dit “oui” par automatisme, quand vous avez cédé par habitude alors que vous sentiez dans votre corps que vous n’étiez pas alignée. 
Deuxième étape : laisser poser et prendre quelques minutes pour imaginer la marche qui serait pour vous la plus facile pour agir. 
Par exemple, si vous êtes en permanence en conflit avec votre ex et que vous avez tendance à tout lui céder, évitez de vous dire : « je vais saisir le juge pour avoir la résidence principale, même s’il est agressif »
Mais proposez à la place d’avoir des affaires en double, chez lui et chez vous, pour éviter le sac avec les affaires qui voyagent…
En résumé, commencez par des petites choses sans trop d’enjeux. Cet entraînement sur de toutes petites actions faciles permet de “doser” et d’expérimenter le feedback positif qui va suivre. Car ces tests se passent en général plutôt bien et vont vous faire réaliser que les films que vous vous faites dans la tête ne se concrétisent pas réellement.  
C’est un fait : notre cerveau, pour nous protéger, a une forte tendance à l’amplification (vous connaissez sûrement ces scénarios catastrophe qu’il concocte à tout bout de champ). Mais nos anticipations négatives ne se passent en général jamais comme imaginé. De quoi nous faire baisser en pression.”

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Journaliste spécialisée en psychologie pendant quinze ans, j'ai collaboré avec de grands médias et interviewé des dizaines de thérapeutes, de chercheurs et de spécialistes de la famille. En 2022, j'ai fondé Les Nichées, le premier magazine dédié aux familles recomposées et aux parents séparés en France. Mère et belle-mère moi-même, formée notamment à l'approche systémique appliquée aux couples et aux familles, je propose aujourd'hui des groupes de parole et des accompagnements individuels pour vous aider à construire un équilibre familial serein et durable.