
Belle-mère épuisée : et si vous désengager était la solution ?
Vous ne trouvez pas votre place auprès de vos beaux-enfants ? Ils vous rejettent sans cesse ? Vous n’en pouvez plus et votre couple en pâtit ? Avant de vous demander s’il faut continuer à subir ou partir, sachez qu’une troisième voie existe : vous mettre en retrait pour redonner à votre conjoint 100% du rôle parental à la maison. On vous explique comment faire concrètement et sans heurts… et tout ce que vous avez à y gagner.
Quand Myriam a rencontré les deux garçons de son amoureux, elle était très enthousiaste à l’idée de devenir belle-mère. Et un peu stressée aussi face au rôle qui l’attendait. Parce que comme beaucoup de beaux-parents, elle s’imaginait que le job impliquait forcément de “s’investir comme un parent”. Ce qu’elle a fait, sans jamais que la question, d’ailleurs, soit abordée avec son amoureux.
Comme Myriam, beaucoup de femmes, volontaires, enthousiastes ou se sentant un peu “obligées”, se sont lancées dans l’aventure de la famille recomposée à corps perdu. Et beaucoup, aussi, se sont heurtées à des écueils de taille. Injonction à “ne pas prendre la place du parent”, rejet des beaux-enfants, tensions avec le père… L’affaire a pu parfois tourner au découragement et à l’épuisement.
Et si une autre voie était possible ? Si vous n’étiez pas obligée de vous conformer à ce rôle qu’on attend de vous, souvent implicitement qui plus est ? Beaucoup de belles-mères n’osent pas emprunter cette voie par crainte de ce qu’on pensera d’elles. A commencer par leur conjoint qui, bien souvent, est le premier à attendre qu’elles endossent un rôle maternant.
Se désengager n’est pas un échec
Pourtant, devenir belle-mère, à plus forte raison quand on n’est pas déjà mère, est un sacré challenge qui n’a rien de naturel. Mais oser dire à son conjoint qu’on ne veut pas ou plus s’occuper activement de ses enfants est extrêmement difficile. “J’avais peur qu’il pense que je n’aimais pas ses enfants, raconte Myriam. Qu’il s’imagine que je n’avais pas d’instinct maternel, que je ne ferai pas une bonne mère et qu’il ne veuille jamais faire un enfant avec moi ensuite. J’avais peur que ça tue notre couple. Et puis, je culpabilisais vis-à-vis des enfants. Je craignais qu’ils se sentent mal, rejetés.”
Peur, culpabilité… Au moment de lever le pied, les belles-mères doutent. Et bien souvent renoncent. Pourtant, se désengager est au contraire une stratégie saine quand les tensions durent, quand la vie ensemble devient insupportable au point de faire tanguer le couple et de mettre en danger toute la famille recomposée. Oser en parler, oser prendre les devants et mettre l’autre face à ses responsabilités de parent est ainsi une preuve qu’on tient à la relation. Et qu’on veut sauver ce qui peut l’être.
Se désengager, c’est redéfinir sa place
Car contrairement aux idées reçues, se désengager ne signifie pas abandonner le ou les enfants, mettre un terme à la relation ou encore moins punir le père. Il s’agit plutôt de redéfinir sa place, pour qu’elle vous convienne mieux. Pas forcément se retirer complètement du jeu !
Dans son livre Comment t’aimer toi et tes enfants, Christophe Fauré explique ainsi : “Se désengager, c’est se soustraire à certaines responsabilités et les remettre entre les mains du parent. On instaure dès lors avec l’enfant un autre mode relationnel.”
Les Américains résument cette approche avec une phrase toute simple : “Not your child, not your responsibility.” : “Si ce n’est pas ton enfant, ce n’est pas ta responsabilité.” Autrement dit, le parent biologique reprend pleinement son rôle éducatif, tandis que le beau-parent ajuste son implication. Ce qui souvent plaît beaucoup aux enfants qui rêvent d’avoir plus de temps avec leur père… et soulage les belles-mères qui rêvent d’avoir plus de temps pour elles.
C’est ce qu’a fait Emma, qui raconte dans son témoignage paru sur Les Nichées : “Dans ma tête, j’ai quitté 500 fois mon mec. Et puis je me suis demandée : “mais qu’est-ce qui m’oblige à être belle-mère ?” J’adore notre vie à 3 avec mon fils. C’est simplement qu’aujourd’hui, je n’ai plus d’implication émotionnelle et je me suis dégagée des obligations du rôle (…). Dans ma tête, je ne suis plus belle-mère. “
Se désengager, en pratique, c’est…
Au quotidien, le désengagement peut prendre plusieurs formes :
- Se retirer de la discipline : c’est la partie la plus sensible, donc la première sur laquelle lâcher du lest. Ne plus intervenir sur les règles ou sanctions à la maison et laisser le parent la charge de rappeler et de faire respecter le cadre à la maison.
- S’alléger de certaines tâches chronophages et de la charge mentale qui va avec : par exemple, ne plus superviser les devoirs, ou prendre en charge les trajets (extra)scolaires.
- Revenir à une relation plus neutre avec l’enfant. Sortir d’une posture d’autorité, de co-parent et potentiellement découvrir d’autres modes de communication et de lien.
Dans tous les cas, cela implique de fixer des limites claires dans le couple sur ce qui relève de chacun. Une conversation de fond est donc nécessaire pour expliquer vos besoins, votre décision et ses conséquences sur la vie à la maison.
Décider de se désengager… plus ou moins
Certains choisissent un désengagement partiel : ils vont lever le pied sur certains sujets seulement pour alléger leur charge mentale et le temps passé à s’occuper des enfants. D’autres, comme Emma au-dessus, vont choisir de se désengager plus globalement, en laissant l’autre parent seul aux commandes. L’essentiel pour le couple reste que cette décision soit consciente, discutée et assumée. Et surtout, qu’elle soit comprise par l’autre parent, qui pourrait y voir un rejet de ses enfants ou un échec de la famille recomposée.
Les spécialistes le rappellent : se désengager, ce n’est pas échouer. Pour Christophe Fauré, c’est même “l’ultime recours – parfois la seule solution pour ne pas précipiter la fin de sa relation de couple…” A bon entendeur !
Se désengager : ce que cela change (vraiment) quand on est beau-parent
Vous vous demandez si cela peut vraiment vous aider à mieux vivre la famille recomposée ? Si cela va vraiment changer les choses ? Si c’est la solution à votre mal-être de belle-mère ? Beaucoup le disent : oui, ça peut vraiment faire bouger les lignes et offrir un réel répit. Premier bénéfice, souvent immédiat : une baisse de la pression ! Ne plus se sentir responsable des enfants et de toute la famille recomposée permet de retrouver de l’air.
Mais les changements vont bien au-delà. Beaucoup de témoignages évoquent :
- un apaisement émotionnel. Le fait de prendre du recul vous rend moins exposée et donc moins sensible à ce qui peut faire mal quand on est belle-mère (dans le désordre, les critiques, les jugements, la sensation d’être invisible, peu considérée, rejetée)
- une relation plus détendue avec l’enfant. Le fait d’être moins dans une posture de discipline participe bien souvent à une détente des relations avec l’enfant. Parfois, cela peut basculer dans une indifférence qui n’est pas idéale, mais qui est toujours plus confortable que les conflits ouverts d’avant. C’est ainsi que contre-intuitivement, en retirant la dimension autoritaire ou conflictuelle de la relation, le beau-parent peut (re)devenir une figure plus sécurisante, voire appréciée de l’enfant.
- autre effet contre-intuitif : le désengagement de la belle-mère peut réduire considérablement les conflits avec le conjoint. Car les tensions avec les enfants rejaillissent souvent puissance 10 sur le couple : suspicion de jalousie ou de “non-amour” d’un côté, impression que les enfants gagnent toujours contre soi de l’autre… Les désaccords autour des enfants peuvent être dévastateurs et fragiliser profondément le sentiment amoureux.
- des places mieux définies pour chacun. Le désengagement impose surtout un dialogue qui n’a pas toujours eu lieu. Il oblige à échanger sur les attentes et les rôles de chacun. Or les experts le disent : des attentes réalistes (non, la belle-mère n’est pas obligée d’aimer ses beaux-enfants) et des rôles clarifiés (non, rien ne l’oblige à s’occuper “naturellement” des enfants du père, avec lui et encore moins à sa place) améliorent les relations dans le couple et dans toute la famille.
Sans oublier qu’expérimenter le désengagement permet aussi à la belle-mère de se recentrer sur soi : ses besoins, ses limites, son équilibre. Un point essentiel pour être capable de faire face à des configurations familiales souvent complexes, et de prendre soin de soi et des autres… sur la durée.
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