"Je veux faire plaisir à tout le monde et je m'oublie complètement" : et si vous étiez une people pleaser dans votre famille recomposée ?
Famille recomposée,  Trouver sa place

« Je veux faire plaisir à tout le monde et je m’oublie complètement » : et si vous étiez une people pleaser ?

Pour toutes celles qui sont habituées à faire plaisir – voire à se sacrifier ouvertement pour leurs proches – la famille recomposée peut devenir un piège douloureux. Mais comment savoir si vous faites partie de ces “people pleasers” qui veulent trop contenter tout le monde ? Comment apprendre à poser des limites pour ne pas se perdre ? Le décryptage de la psychologue Betty Jereczek, auteure de “100 Rituels confiance en soi”.

A quoi reconnaît-on une personne qui rentre dans la catégorie des “people pleaser” ?

Betty Jereczek : “C’est un terme très à la mode mais qui est un peu fourre-tout. Je dirais que sa caractéristique principale, c’est une difficulté à s’affirmer, à reconnaître et à faire valoir ses besoins. Une tendance à se faire passer systématiquement “après”… parce que les besoins des autres passent avant !

Naît-on “people pleaser” ou le devient-on ?

C’est en réalité une stratégie relationnelle qui s’apprend très tôt dans l’enfance, en découvrant que si l’on veut mériter l’amour des autres, il vaut mieux leur faire plaisir. On peut alors se construire avec la croyance très ancrée que pour être “valable” et pour être aimé, on doit donner.

Est-il facile de déterminer si l’on rentre soi-même dans cette catégorie ?

Cette croyance qu’il faut donner pour être aimé se retrouve facilement dans vos schémas de pensée. Vous pouvez la repérer dans votre posture et dans votre discours interne : demandez-vous par exemple ce qui fait que vous allez fuir le conflit ou éviter certaines discussions… Est-ce la peur de ne plus être aimé ?

Mais est-ce forcément négatif ? Cela peut être un atout aussi dans la relation, non ?

Disons que cela dépend avant tout de qui on a en face dans la relation : avec certaines personnes, cela ne posera pas de problème car la relation va s’équilibrer. En d’autres termes, l’autre ne va pas chercher à tirer parti de votre gentillesse, de votre besoin de faire plaisir. Mais si l’autre en profite, cela peut rendre la relation très, très difficile.

Mais cela dépend aussi de nous : si pour nous, se sacrifier pour être aimé est une condition sine qua non, cela créera nécessairement un déséquilibre. Si au contraire, j’ai intégré ça dans ma construction mais que j’ai bénéficié par ailleurs d’un attachement sécure (“je suis digne d’être aimée malgré tout”), cela jouera moins sur la relation.

Mais a-t-on conscience d’être un people pleaser et de potentiellement déséquilibrer notre relation ?

Le problème, bien souvent, c’est que cette croyance qu’il faut donner pour être aimé.e est quelque chose de très intégré – depuis souvent très tôt dans l’enfance – qu’elle nous fait réagir en mode “automatique”. Nous ne réalisons pas forcément que c’est elle qui pilote notre comportement. 

C’est précisément cela qui entraîne des conséquences négatives. Car si, à l’origine, nous fonctionnions ainsi parce que dans l’enfance ou notre passé, cela nous a apporté des conséquences positives, ce n’est certainement plus le cas aujourd’hui à l’âge adulte ! 

Par exemple, si petite, dès que je prenais la parole à table, on me disait ‘chut, tais-toi, les adultes parlent’, j’ai vite comparé les silences. J’ai appris que me faire toute petite, ne pas déranger, c’était le prix pour rester tranquille, aimée, acceptée. Le bénéfice relève d’une stratégie de survie à ce moment-là : je m’efface pour ne pas gêner.

Mais si je reste dans ce réflexe une fois adulte, à un moment donné, cela va devenir trop coûteux pour moi. Car normalement en grandissant, on doit rentrer dans une relation plus saine, entre pairs. Garder nos automatismes nés dans l’enfance en mode “survie” va faire que l’on se fatigue, on perd nos valeurs… on se perd tout court.

Betty Jereczek
Psychologue et hypnothérapeute depuis dix-sept ans, Betty Jereczek accompagne les femmes qui ont déjà beaucoup travaillé sur elles-mêmes, mais continuent à se retenir dans leur vie personnelle ou professionnelle.
Formée aux thérapies cognitives et comportementales, à l’ACT et à l’hypnose, elle relie compréhension psychologique, travail avec l’inconscient et expérimentation dans le quotidien.
Sa spécialité : intervenir à l’endroit où l’analyse seule ne suffit plus. Là où une femme sait pourquoi elle se tait, se suradapte ou recherche l’approbation, mais n’arrive pas encore à agir autrement.
Après 17 ans de pratique, Betty Jereczek constate que de nombreuses femmes ne manquent plus d’informations, mais d’expériences concrètes pour transformer leur lucidité en nouvelles décisions. Son travail permet de passer de “je sais pourquoi je me retiens” à “je me soutiens assez pour me choisir”.
Betty défend une vision concrète de la confiance et de l’amour de soi : ils se construisent aussi dans les décisions que l’on prend lorsque se choisir risque de déplaire.
Retrouvez-la sur : www.bettyjereczek.fr et sur son compte Instagram

C’est ça le risque principal ? S’épuiser et s’oublier ?

Connaissez-vous ce chiffre ? Même en vacances, les mamans n’ont que 17 minutes pour elles dans une journée. 17 minutes ! Quand on fait passer tout le monde avant soi, oui, on finit par s’épuiser et par s’oublier. On perd  de vue ce qui nous plaît, ce qui fait notre essence, qui on est. Cela impacte aussi la vision que l’on a de nous-mêmes : qui suis-je si j’arrête demain de faire tout ce que je fais pour les autres ?

Et cela devient un cercle vicieux : plus on donne, plus on se sacrifie, plus les autres s’habituent à ce qu’on donne. Sauf qu’à un moment donné, ce n’est plus tenable.

A lire aussi sur Les Nichées

Journaliste spécialisée en psychologie pendant quinze ans, j'ai collaboré avec de grands médias et interviewé des dizaines de thérapeutes, de chercheurs et de spécialistes de la famille. En 2022, j'ai fondé Les Nichées, le premier magazine dédié aux familles recomposées et aux parents séparés en France. Mère et belle-mère moi-même, formée notamment à l'approche systémique appliquée aux couples et aux familles, je propose aujourd'hui des groupes de parole et des accompagnements individuels pour vous aider à construire un équilibre familial serein et durable.