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Parent séparé

SOS Noël ! Survivre aux fêtes de fin d’année quand on est parent séparé

Il y a les couacs de calendriers, les familles qui vivent loin… très loin, les malentendus sur les cadeaux, les complications de dernière minute (pas toujours innocentes, d’ailleurs) et une année sur deux, un Noël sans les enfants… Quand on est parent séparé, les fêtes ont le don de se transformer en cauchemar éveillé. Décryptage, conseils de psy et retours d’expérience sur les meilleures stratégies anti-crise.

Parents séparés : quand Noël devient une épreuve émotionnelle

Attention, grand huit émotionnel en perspective ! Vous adoriez Noël enfant ? Vous l’avez au moins autant aimé quand vous êtes devenu parent ? Il y a de fortes chances qu’aujourd’hui séparé, vous détestiez copieusement la fin décembre ! Pourquoi certains d’entre nous ont-ils plus de difficultés que d’autres à Noël depuis qu’ils sont séparés ? “Parce qu’ils n’arrivent pas à se dégager de cette sensation que leur procuraient Noël et le “cocooning familial”, décrypte la psychoclinicienne Yvonne Poncet, auteure notamment, avec Stéphanie Assante, de Vivre Heureux dans une famille recomposée. On le sait, en réalité, les repas de famille peuvent être parfois pénibles, il peut y avoir des conflits, ça peut même être une corvée pour certains. Malgré tout, ce qui va primer dans l’imaginaire collectif, c’est l’ambiance des fêtes et l’idée du grand rassemblement d’une famille heureuse.”

Sapin, bûche aux marrons et enfants mignons qui déballent des cadeaux… Noël cristallise ainsi l’image d’Epinal de la famille (il n’y a qu’à jeter un œil aux films de Noël sur Netflix pour s’en convaincre). “Sauf que la notion de famille a changé depuis qu’ils sont parents séparés”, poursuite la psy. “Et souvent, s’ils ont fait le deuil de leur conjoint, ils n’ont pas réussi à faire le deuil de la famille idéale. Ils restent accrochés à des émotions d’antan, parfois très archaïques, très infantiles… Noël restant LE symbole même du rassemblement familial.”

Colère et vengeance au menu

Alors quand la famille est éclatée, souvent, c’est la crise. Les vieilles rancœurs ressurgissent. Comment ne pas en vouloir à celui ou celle qui a fait exploser le foyer ? Enterrant nos rêves de Noël blanc tous ensemble, et nous privant, une année sur deux de nos enfants ? “Quand le conflit conjugal n’est pas résolu, celui qui veut se venger peut très facilement, à Noël, appuyer “là où ça fait mal”, analyse Yvonne Poncet. “Si les attentes de l’autre parent sont très fortes, on peut aisément lui imposer une frustration intense. Certains parents vont jusqu’à ordonner à leur enfant : « Ne dis pas à ta mère ce qu’on va faire, comme ça, elle n’aura pas le temps de s’organiser et elle restera seule pour Noël ». C’est pervers, mais malheureusement, ça arrive”.

Noël sans enfants, Noël sans repères

Souvenirs douloureux, changements de dernière minute mal-intentionnés… pas étonnant que certains parents séparés abordent les fêtes avec une bonne dose de colère qui vient s’ajouter, une année sur deux, à la tristesse d’être privé de leurs enfants à l’heure tout le monde déballe ses cadeaux ou s’embrasse sous le gui. Une tristesse très particulière, qui flirte parfois avec une vraie perte de repères, notamment les premières années…

“Traverser Noël sans ses enfants, c’est une perte de repères et même du sens de Noël. On ne retrouve plus ses attentes d’enfant. Même quand on est adulte, Noël résonne toujours et renvoie à l’émerveillement de l’enfant…  Émerveillement qui n’a plus lieu quand les enfants ne sont pas là.” Et Noël devient ainsi, pour certains, synonyme de grand vide et de grand blues.

Le casse-tête organisationnel de Noël

A ce deuil des “Noëls d’avant”  et aux sentiments difficiles qui vont avec, viennent s’ajouter les contraintes pratiques. Et une double dose de charge mentale. Au rayon casse-tête on trouve ainsi : l’alternance Noël / Premier de l’An une année sur deux qui ne colle pas toujours avec le calendrier et le rythme de l’alternance, les listes au Père Noël à couper en deux qui amènent leur lot de malentendus, doublons et prises de tête… Sans compter les familles de chaque parent qui vivent parfois loin (et même parfois très loin). Résultat : une organisation floue et flottante, où chaque année, on doit trouver avec son ex une nouvelle organisation. Cas pratique chez Alice de alice_sevenheaven “Nous, comme chaque année, nous attendons la réponse des autres parents… Nous n’avons pas trouvé d’organisation parfaite. Nous étions sur un rythme d’un Noël sur deux, mais l’année dernière on a fait “moitié-moitié” : les enfants ont changé de maison le 25 au matin. Du coup, cette année aucun moyen de savoir à qui c’est le tour 🤪” Pas vraiment idéal pour ceux qui aiment s’organiser à l’avance ou ceux qui préfèrent éviter les achats de billets de dernière minute à des tarifs astronomiques.

Résultat : les tensions sont souvent à leur comble. “On peut voir des parents se déchirer les enfants à Noël : “C’est mon année, alors je viens chercher les enfants le 24 à 17h30 et je les ramène le 3 janvier! Tant pis si tu ne les vois pas !”. C’est souvent la période, justement, où les parents vont vouloir appliquer le jugement à la lettre, où ils vont faire le plus preuve de rigueur”, reconnaît Yvonne Poncet. Trop d’enjeux pour être souple…

En revanche, quand ça va bien, que les choses sont bien apaisées, l’organisation peut laisser place à quelques compromis … voire beaucoup de créativité. Parce qu’il est difficile de contenter tout le monde, les parents séparés tâtonnent un peu, beaucoup, chaque année, avant de trouver la moins mauvaise organisation possible. Tour d’horizon des stratégies que vous avez testées (et parfois pas du tout approuvées).

Les stratégies anti-crise

Stratégie 1 : L’application stricte de l’alternance, sans exception pour le réveillon, ni trêve des confiseurs.  C’est l’option – simple et efficace – choisie par @Le_comptoir_des_humeurs qui témoigne sur Instagram : “Chez nous, c’est le calendrier qui cadre la garde alternée. Idem pour les fêtes de fin d’année. Donc pas de prise de tête.” 

Stratégie 2 : Non au “Noël découpé”, oui au Noël tout entier, une année sur deux.  @label-mere a tout testé et son choix est sans appel : “Chez nous, les filles sont une semaine chez l’un, l’autre chez l’autre. Avant nous faisions le 24 chez l’un, le 25 chez l’autre et on changeait l’année suivante mais nous avons trouvé plus sage de partir sur une semaine complète. On a donc Noël une année sur deux. Avantages : on a la possibilité d’aller dans nos familles qui habitent loin. Ça permet aussi de profiter vraiment du jour de Noël et de ne pas frustrer les enfants qui doivent partir direct chez l’autre à peine après avoir ouvert leurs cadeaux, en étant en plus épuisés du réveillon. Au final, c’est très bien comme ça, même si on déteste Noël quand elles ne sont pas avec nous !”

Stratégie 3 : Le Noël “bonne volonté”, comme chez Pamela de @quelquechoseavousdirepodcast

“En général, on évite de toucher au rythme de l’alternance. Car tout bouleversement des semaines entraîne des bouleversements logistiques tout bêtes mais assez pénibles. Mais Noël, c’est l’exception. En général, nous faisons Noël avec les enfants en alternance : l’un prend la première semaine et l’autre la seconde. Parfois ça s’enchaîne naturellement, et parfois pas. En plus, mon ex et moi habitons à Bruxelles mais moi, je suis française et je tiens à ce que mes enfants voient le plus possible à cette occasion ma famille et notamment leurs cousins… qui sont à Morlaix. Alors, chaque année, on doit se mettre d’accord sur le temps passé là-bas et surtout, sur l’organisation des trajets. Heureusement on s’entend bien ! Et cette année encore, nous ferons chacun la moitié du chemin Bruxelles-Morlaix (400 km chacun à l’aller et autant au retour). On a l’habitude de se retrouver dans un restaurant en Normandie, on mange ensemble, les enfants sont contents et puis on repart. Pas forcément l’idéal, mais pour le moment, on n’a pas trouvé d’alternative.”

Stratégie 4 : Le Noël “lâcher-prise”, clairement pas offert à tout le monde, mais sans doute la meilleure option pour éviter de se prendre la tête, comme l’explique @instavocat : “Pour nous, le plus simple pour éviter la crise de nerfs et la déception, ça a été de lâcher prise et d’accepter les imprévus, les changements de dates de dernière minute, et de prévoir des repas types buffet, extensibles ou réductibles, de passer un bon moment avec les enfants présents et de remettre ça quelques jours plus tard avec ceux qui étaient absents le jour J. De se dire que Noël n’est pas le 24 ou le 25, mais quand on veut/peut jusqu’à la fin des vacances.”

Passer Noël tous ensemble quand on est parent séparé ?

Parce que pour beaucoup de parents, c’est tout de même ça l’objectif : préserver l’esprit festif de la période, prendre du plaisir à se retrouver, à passer du temps tous ensemble, et ne pas gâcher l’événement de l’année pour les petits qui adorent Noël. Certains parents séparés vont même jusqu’à passer le réveillon ou le repas de Noël ensemble. “Pour les enfants, cela peut être un moment rare où ils ont leurs deux parents ensemble, approuve Yvonne Poncet. Cela va leur éviter un déchirement. Car à Noël, le conflit de loyauté est à son apogée. S’ils vont fêter Noël avec leur mère, ils vont laisser leur père seul, c’est dramatique ! Ils vont fêter Noël avec leur père ? ils laissent leur mère seule, ce n’est pas mieux… Les enfants de parents séparés qui se sentent vraiment pris en otage en finissent par détester les fêtes.”  Mais la psy met en garde : cela ne peut marcher qu’à condition d’être prêt et de ne pas se forcer. “Il faut beaucoup de tolérance et beaucoup d’humilité pour accepter de se retrouver tous ensemble à Noël. Pour celui qui s’est senti lésé par la séparation, il faut avoir ravalé son orgueil. Cela implique d’avoir fait un travail sur soi, bien souvent.”

Clémence l’a expérimenté une année, avec son ex et le nouveau conjoint de chacun. Elle raconte ce drôle de réveillon: “Ca a vraiment été la fausse bonne idée. C’était le premier Noël post séparation où nous étions chacun de nouveau en couple de façon officielle. Même si les enfants encore petits (2 et 7 ans) étaient ravis, je pense avec le recul que ça n’a fait qu’apporter de la confusion et entretenir les fantasmes de la grande, du type “papa et maman vont se remettre ensemble”. Mon compagnon était extrêmement mal à l’aise, mon ex belle-famille aussi. En rentrant chez nous après cette soirée malaise, on s’est promis de ne jamais recommencer. Mais au moins, on avait essayé.”

Yvonne Poncet le confirme : “Passer Noël avec l’ex conjoint peut effectivement réactiver chez les enfants des fantasmes de remise en couple de leurs parents. Tous les enfants rêvent que leurs parents reviennent ensemble. Alors oui, cela peut leur remettre une graine d’espoir dans la tête !“

Vivre Heureux dans une famille recomposée est un guide très utile où les auteures, psy et coach, partagent leur vision et leurs conseils pour chaque membre de la tribu. Pour mieux comprendre ce que chacun traverse, là où peuvent se nicher ses difficultés et pour trouver le moyen ensemble de construire une nouvelle vie de famille.

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Comment préserver ses enfants (et sauver un peu la magie de Noël) ?

Peut-on alors vraiment éviter que nos enfants souffrent de la séparation à cette période ? Difficilement. Si Noël est douloureux à vivre pour nous quand ils ne sont pas là, n’oublions pas que, eux aussi, doivent apprendre à vivre Noël « sans » : sans papa une année, sans maman l’autre. Sans compter les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins qu’ils ne voient plus régulièrement. C’est un deuil à faire pour eux aussi, avec parfois, on l’a vu, le conflit de loyauté qui peut faire naître chez eux beaucoup de culpabilité. 

Mieux vaut donc éviter d’en rajouter, en les préservant de nos propres difficultés mais au contraire en les encourageant à profiter des fêtes avec leur autre parent et en les rassurant autant que possible. “Le mieux est de réussir à leur tenir un discours positif”, recommande Yvonne Poncet. “De leur souhaiter de profiter au maximum des fêtes et surtout ne jamais adopter une posture victimaire. Cela leur gâcherait les fêtes de vous imaginer seul.e ou triste.” Concrètement ? Quelques mots suffisent : “Ne t’inquiète pas, amuse-toi bien, je suis invité.e chez Untel, on va tous bien s’amuser…” Ce n’est peut-être pas évident pour vous, mais c’est la meilleure manière de privilégier le bonheur de vos enfants.

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.

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