
Mon fils ne m’appelle jamais quand il est en vacances avec son père
Comme l’année dernière, mon fils ne m’a quasiment pas appelée de tout le mois de juillet, pendant ses vacances avec son père. C’est très dur pour moi, même si j’ai des nouvelles par mon ex bien sûr, car je ne sais pas quoi en penser. J’ai l’impression qu’il m’oublie et en même temps, je ne veux pas l’obliger à m’appeler s’il n’a pas envie… Du coup, même moi je n’ose plus l’appeler. Ca a été interminable…
Léa, 33 ans, maman de Nino 7 ans
Avant toute chose, rassurez-vous. Ce que vous venez de vivre encore cette année est un scénario bien connu de milliers de parents séparés chaque été. Ce que cache vraiment ce silence de votre enfant en vacances chez l’autre parent ? Potentiellement des choses très différentes, selon les experts, mais elles sont plus rassurantes.
Surtout si devant ce silence une petite voix intérieure vous susurre : “Il ne pense pas à moi, je ne lui manque pas… Est-ce qu’il m’oublie ?” Et si on comprend très bien que cela vous effleure, la vérité est souvent bien différente.
Le signe d’enfants en confiance
Car ce qui fait le plus mal dans cette absence de SMS, d’appel ou de vocal, c’est de l’interpréter comme un rejet
La psychologue Dominique Mazin, que nous avons interviewée sur le sujet, était formelle : un enfant qui ne nous appelle pas quand il est parti avec son autre parent, c’est plutôt très bon signe. Il est serein dans ce qu’il vit, et il est serein sur notre état à nous. Ce silence n’est pas de l’indifférence. C’est de la confiance : il passe du bon temps et sait qu’il nous retrouvera à son retour.
Des enfants naturellement accaparés par le présent
Car c’est une autre info à retenir : les enfants vivent dans le présent (contrairement à beaucoup d’entre nous, adultes) et c’est une bonne nouvelle
On a tendance à l’oublier mais les enfants, surtout les jeunes, ne fonctionnent pas comme nous. Ils ne gèrent pas l’absence de la même façon, ils ne ressentent pas le besoin de maintenir un lien à distance comme un adulte le ferait.
De la même manière, les jeunes enfants n’aiment pas raconter ce qui a eu lieu dans le passé (vous avez dû y être confronté quand vous posez le fameux “qu’est-ce que tu as fait de beau à l’école ?”). Ce n’est pas parce qu’ils veulent taire ce qu’ils ont vécu, ou vous cacher des choses. C’est simplement parce que les enfants vivent l’instant présent. Si votre enfant est absorbé par une activité, une baignade, un jeu avec ses cousins — décrocher son téléphone pour appeler papa ou maman ne lui viendra tout simplement pas à l’esprit. Il ne vous oublie pas. Ce n’est pas un manque d’amour. C’est un comportement typique de l’enfance.

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Le signe d’un enfant qui cloisonne
Mais il y a parfois quelque chose de plus profond à l’œuvre. La première piste, c’est que cette absence d’appel soit le signe d’un potentiel « clivage » chez l’enfant. En résumé, il cloisonne. Quand il est avec papa, il est 100% avec papa. Et quand il est maman, il est 100% avec maman. Mon fils, quand il était tout petit, avait réussi à me dire qu’il n’aimait pas m’appeler quand il était chez son père et inversement. Difficile d’avoir plus d’explications mais je voyais bien qu’appeler lui “coûtait”. Pourquoi ?
- Parce que tous les contacts avec l’autre parent (surtout les visios où l’on se voit) peuvent être vécus comme des piqûres de rappel de son absence. C’est moins douloureux pour lui de ne pas y penser / de ne pas le voir
- Parce que cela peut le sortir de sa bulle avec le parent présent. Ce qui peut lui donner l’impression de parasiter la relation qu’il construit pendant l’été, surtout si c’est un parent qu’il voit peu le reste de l’année.
- Il doit déployer beaucoup d’énergie après l’appel pour retrouver cette bulle, pour se remettre pleinement dans ses vacances avec l’autre parent.
Le danger invisible : le conflit de loyauté
L’autre piste, plus douloureuse, c’est le conflit de loyauté. L’enfant qui vit ce type de conflit peut être très heureux lorsqu’il est avec un de ses parents, mais en refusant catégoriquement de le dire et de le montrer pour ne pas faire de peine au parent resté seul. En d’autres termes : votre enfant peut s’empêcher de vous appeler non pas parce qu’il ne pense pas à vous, mais parce qu’il peut vous imaginer seul.e, triste, et qu’appeler l’exposerait à une ambivalence émotionnelle qu’il ne sait pas gérer.
Le silence peut donc être une forme de protection : celle que votre enfant s’impose pour pouvoir profiter sereinement de ses vacances sans se sentir coupable. Avez-vous manifesté de la tristesse quand il est parti avec son papa ? Vous a-t-il vue triste ? Peut-être pouvez-vous lui parler de tout ce que vous avez fait d’amusant sans lui pendant ces temps sans lui. Ou l’année prochaine lui détailler votre programme à venir… Ca ne pourra que l’autoriser à passer du bon temps avec son père.
En résumé : quelle que soit l’explication du silence radio de votre fils, ne l’interprétez pas comme un rejet. Quant à la question de savoir si vous pouvez l’appeler de vous-même… Bien sûr, mais trop souvent.
Un enfant qui demande à appeler tout le temps son autre parent en vacances, ça veut dire qu’il est triste ?
Pas forcément. Certains vont avoir envie d’appeler car ils se sentent autorisés à le faire et que tout va bien. D’autres, effectivement, parce que l’absence leur pèse. Mais parfois, des appels trop fréquents peuvent également être le signe d’un conflit de loyauté ou d’une forme d’anxiété. En effet, un enfant qui demande à appeler tous les jours son autre parent n’est pas forcément malheureux en vacances, c’est souvent qu’il s’inquiète pour le parent resté seul à la maison, qu’il peut imaginer en train de se morfondre sans lui.
Pour toutes les raisons ci-dessus, s’ils ne demandent pas à nous appeler, leur téléphoner trop régulièrement peut même aggraver l’angoisse des petits. Un enfant peut y lire un signal d’alarme : “ma maman appelle tout le temps, ça doit être grave pour elle”.
La thérapeute Nicole Prieur, spécialiste des problématiques familiales, donnait dans L’Ecole des parents, un conseil radical pour les parents séparés en vacances : “Il me paraît effectivement essentiel que le parent n’ayant pas l’enfant réussisse à canaliser son désir de l’entendre et de le voir. Il peut par exemple, en accord avec son ex-conjoint et surtout en l’expliquant à son enfant, convenir d’un rendez-vous téléphonique hebdomadaire. De toute façon, à partir d’un certain âge, dès que l’enfant a son propre Smartphone, c’est lui qui prend la main et décide du rythme des contacts et de leurs modalités (SMS, message vocal, appel, etc.). Il est important de respecter cette liberté-là et d’entendre ses besoins. C’est le meilleur moyen de ne pas le mettre en difficulté.”
Un appel à une fréquence planifiée (qui peut être plus courte pour les jeunes enfants), à heure fixe, est souvent le meilleur compromis. Tout le monde est au courant, personne n’est pris par surprise, l’enfant n’a pas à demander à appeler ou à y penser, le parent absent sait qu’il aura des nouvelles régulièrement…
Mais cela implique de se mettre d’accord avant le départ avec le papa. Cela pourrait être une solution pour les prochaines vacances, qu’en pensez-vous ? D’ici là, profitez bien de vos congés à venir avec votre fils !
Bel été à vous !
Le truc en plus : Ce que l’on peut faire (vraiment) pour alléger les vacances de nos enfants
La leçon la plus difficile à intégrer quand on est parent séparé, c’est peut-être celle-ci : notre propre état intérieur influence directement la façon dont notre enfant va vivre notre absence. Si vous lui avez montré, avant son départ, que vous avez un programme, que vous allez bien, qu’il peut partir l’esprit léger, vous l’autorisez à partir léger et à profiter à 100% de ses vacances.
Les enfants ont besoin de savoir que leur parent va bien, nous disait Dominique Mazin. L’important est d’expliquer aux enfants que bien sûr, vous avez du chagrin sur le moment mais que vous avez un super programme pendant qu’ils partent en vacances et que vous allez faire plein de choses qui vous enthousiasment.
C’est peut-être ça, le meilleur cadeau qu’on puisse faire à son enfant pour ses vacances : lui montrer qu’on sera là, entier, à son retour et le laisser vivre pleinement chaque journée d’été, même celles où il ne pense pas à décrocher son téléphone.
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