Pourquoi le silence et l’évitement tuent les couples à petit feu
Famille recomposée,  Heureux ensemble

Pourquoi le silence et l’évitement tuent les couples à petit feu

On évite d’en parler, on se trouve des excuses, on se dit que ce n’est pas si grave. Et puis un jour, on explose. L’évitement dans le couple, c’est ce silence qui s’installe et ces non-dits qui s’accumulent, et qui finissent par empoisonner la relation amoureuse. Et en famille recomposée, il peut faire des ravages. Virginie Villiers-Moriamé, thérapeute de couple et familial, nous explique pourquoi certains fuient toujours le conflit, l’impact sur la relation, et comment s’en sortir avant qu’il ne soit trop tard.

Il nous arrive à tous, parfois, de taire des choses qui nous tiennent à cœur pour préserver l’harmonie de notre couple ou de la famille. A partir de quand peut-on parler d’évitement ?
Virginie Villiers-Moriamé : Tout part de certains non-dits. De toutes ces fois où l’on va se taire pour ne pas créer un conflit. “Ce n’est pas si important, ce n’est pas si grave”, se dit-on. Et on va passer à autre chose. Sauf que ces non-dits là restent. S’accumulent. Et à un moment donné, la crise va éclater pour une bricole : une fourchette tombée, une assiette cassée sans faire exprès… Le problème, alors, ce n’est pas la vaisselle cassée, c’est tout ce qu’il y a derrière. Les non-dits qui s’accumulent font mourir les relations à petit feu.

Faut-il pour autant tout se dire ?
Non, on n’est pas obligé de tout dire. Mais dès qu’on sent qu’il y a un inconfort, si on réagit trop fort à un mot ou un événement anodin, alors il faut écouter le besoin qui se cache derrière. Et oser dire ce qui ne nous plaît pas, même si on a peur de peiner l’autre sur le moment. La colère ne vient jamais par hasard !

Pourquoi a-t-on tendance à vouloir éviter ces mises au point ?
Cela tient beaucoup à l’éducation et à ce qu’on nous disait, enfant. “T’es un garçon, t’as pas à pleurer!” , “T’es une fille ? C’est bon, arrête de te plaindre tout le temps !” A force d’entendre ce genre de message, on finit par se convaincre que ce qu’on ressent n’est pas si important. Et on en vient à ne plus écouter nos émotions.

C’est d’autant plus vrai pour la vie à deux. Quand on se met en couple, au début, on ne montre et on ne voit de l’autre que les bons côtés. Petit à petit, on va découvrir des choses qui nous plaisent moins – et c’est normal ! – mais on ne va peut-être pas oser le dire dans les premiers temps, puis par habitude… jusqu’au trop plein.

Virginie Villiers-Moriamé est thérapeute familiale et de couple. Elle accompagne également les personnes en individuel pour les aider à traverser leurs difficultés relationnelles ou personnelles.

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Quel est le risque pour le couple de rester dans cette posture d’évitement ?

Le risque est de rentrer dans un schéma de fuite perpétuelle où le partenaire préfère faire comme si de rien n’était. C’est la fameuse technique de l’autruche. Sauf que l’autre va finir par revenir pour provoquer de force la discussion… Tentative qui va donner au premier encore plus envie de prendre ses distances. Un cercle vicieux où les deux partenaires finissent par souffrir et se faire souffrir.

Cela signifie qu’il vaut mieux se disputer plutôt que de ne rien dire ?

Se disputer, c’est normal. Avoir des conflits, aussi. Cela peut être fonctionnel, constructif. Le problème, quand on fuit systématiquement, c’est que le conflit n’est jamais vraiment fini. Comme on n’en parle pas, on ne clôt jamais le sujet. 

Le but d’une discussion, même un peu vive, ce n’est pas de trouver une solution mais c’est de créer un échange. Peut-être qu’on a trouvé un accord… Ou peut-être pas. Mais les attentes et les besoins de l’un et de l’autre ont pu être exprimés et entendus. Peut-être qu’il ne sera pas possible d’y répondre totalement, mais au moins, cela permet de faire un petit pas l’un vers l’autre.

Tandis que si on ne revient pas sur ces sujets, tôt ou tard, on se retrouve face à une montagne de désaccords que l’on a jamais clos et qui s’accumulent. Et ça, ça abîme beaucoup les couples.

Il y a une autre conséquence insidieuse de la fuite : face à un partenaire évitant, on peut vite avoir l’impression de ne pas être assez important.e pour lui. Qu’il fuit parce qu’il ne nous aime plus ou plus assez. Parce qu’il a quelqu’un d’autre, peut-être…. Autant de scénarios qu’on peut s’inventer et qui vont nous faire mal.

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Comment faire pour sortir de nos habitudes d’évitement et ainsi préserver notre couple ?

La première chose, c’est d’être suffisamment à l’aise avec notre partenaire pour parler de nos émotions sans avoir peur d’être jugé. Ce n’est pas évident pour les femmes, c’est peut-être plus difficile encore pour les hommes qui n’osent pas toujours montrer un aspect de leur personnalité qui pourrait sembler vulnérable. 

Mais peut-on “éviter d’éviter” les conflits sans pour autant mettre le feu aux poudres ?

Ce qui est important c’est de parler de soi. Dire “Tu as encore fait ça, c’est insupportable” est plus désagréable à entendre que “Quand tu dis telle chose dans tel contexte, ça me fait de la peine”. Nos émotions – même si l’autre n’a pas ressenti la même chose – sont légitimes, elles ne sont pas discutables. Et surtout, cela permet d’évoquer l’impact d’une situation, d’un comportement ou de mots, sans attaquer l’autre dans ce qu’il est.

C’est pour cela qu’il vaut mieux éviter les phrases en “tu” et en “toujours” et “jamais”. “De toute façon, c’est toujours comme ça avec toi !”, “On ne peut jamais compter sur toi !”… Si à la place de “T’es toujours sur ton téléphone, tu m’écoutes jamais !”, vous dites “Quand tu es sur ton téléphone, je me sens abandonné.e, rejeté.e” ce n’est pas du tout la même chose ! Vous sortez du reproche pour partager votre ressenti.

Et si, sous le coup de la colère, nos mots étaient trop durs ?

Il peut arriver qu’à un moment donné, l’émotion prenne le dessus. L’important, dans ce cas, c’est de revenir vers l’autre et de dire : “Je m’excuse. Je voulais pas vraiment dire ça. Mais à ce moment-là, je me suis sentie… “ Et ramener ainsi la discussion sur ce qu’on a ressenti et sur notre besoin dans la relation.

Un conseil que je donne souvent aux couples que je reçois : il faut savoir s’excuser et savoir aussi dire merci. La gratitude – être remercié.e y compris pour des petits détails du quotidien – est capitale car c’est ce qui permet de se sentir vu.e et reconnu.e par l’autre.

Est-ce qu’on a forcément conscience d’être dans l’évitement ? 

Non. Souvent, les personnes concernées ont tendance à se dire “C’est comme ça. J’ai toujours fonctionné comme ça.” Voire “Je ne vois pas pourquoi ça t’étonne que ça se passe comme ça. Ça fait 20 ans qu’on est ensemble”. D’autres ne voient pas le problème parce qu’elles se disent : “Si je fais ça, c’est pour éviter un conflit, une grosse dispute. Donc, quelque part, je prends soin de moi. Mais je le fais aussi pour nous, je prends sur moi !”

Sauf que l’évitement, bien souvent, est pire qu’une contre-attaque ou une escalade dans la dispute. Parce qu’au moins, dans la contre-attaque, il y a un échange, même si ça crée des tensions, de l’inconfort.

Alors que dans l’évitement, il n’y a… rien. On fuit. On ferme la porte. Voire on érige un mur… Jusqu’au point de non-retour : l’amour finit par disparaître petit à petit. Non pas parce qu’on se dispute, mais parce qu’on a mis de la distance. Parce qu’à force de voir l’autre se dérober, on a l’impression de ne plus être important. De ne plus compter.

Que faire si on se sent “bloqué” ? Si on n’arrive pas à affronter l’autre et qu’on continue à avoir tendance à esquiver ?

En prendre conscience est déjà un premier pas. Réaliser qu’en fuyant on cherche souvent à se protéger d’un possible jugement de l’autre, aussi. C’est paradoxal parce que la personne évitante, souvent, donne l’impression que rien ne la touche, qu’elle est indifférente, alors qu’elle a surtout peur d’être rejetée. Cela peut remonter à l’enfance : quelqu’un qui s’est beaucoup senti jugé par le passé peut avoir perdu beaucoup de confiance en soi.

Et c’est dommage pour le couple. Car c’est précisément le lieu où l’on est censé se sentir en sécurité, protégé, libre de parler. Dans ce cas-là, il faut s’autoriser, ne serait-ce qu’une fois, à laisser une chance à l’autre de nous écouter sans nous nuire, sans chercher à nous faire de la peine. Ne commencez pas par un sujet de friction majeur. Tentez d’ouvrir un échange sur un “petit” sujet, sur celui qui vous paraît le moins risqué. 

Vous verrez, cet échange peut déboucher sur quelque chose de très positif : l’autre peut être agréablement surpris de cette ouverture. Il peut vous en être reconnaissant. Et vous, vous pourriez bien vous rendre compte que non, ce n’est pas qu’un mauvais moment à passer et surtout, que non, cela ne vous met pas forcément à risque dans votre couple ! 

Pères « évitants » en famille recomposée : le jeu de massacre
C’est une situation fréquente en famille recomposée : un homme qui est déjà père rencontre une nouvelle femme. Très vite, il peut se retrouver au milieu d’un conflit potentiel entre son ancienne et sa nouvelle compagne (même si c’est un conflit imaginaire, il n’y a pas toujours de rivalité). Ou d’un conflit entre ses enfants et sa nouvelle femme. Et bien souvent celle-ci va constater qu’il va “fuir” la confrontation. Qu’il ne va pas se positionner, pas vouloir discuter, pas vouloir trancher.
Le piège se referme sur la famille quand, en face, la belle-mère ne se sent pas forcément légitime à manifester son désaccord (elle peut se dire qu’elle a “choisi le package” ou qu’elle n’est pas mère et donc pas apte à s’exprimer sur tel ou tel sujet). Très vite, ni l’un ni l’autre ne vont oser aborder les sujets importants (qui fait quoi à la maison, qu’est-ce que tu attends de moi vis-à-vis des enfants, qu’ai-je le droit de faire ou pas vis-à-vis de tes enfants).
Résultat : la belle-mère ne trouve pas sa place, se sent seule, n’arrive pas à se sentir soutenue par son conjoint… Et bien souvent, elle finit par craquer et renoncer à la famille recomposée, ce qui met un terme à l’histoire d’amour, malgré les sentiments. Virginie Villiers Moriamé le résume ainsi : “Le red flag absolu en famille recomposée, c’est le non-dit.”

Famille recomposée : Et si vous vous offriez un temps pour en parler, enfin ?
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Journaliste spécialisée en psychologie pendant quinze ans, j'ai collaboré avec de grands médias et interviewé des dizaines de spécialistes de la famille. En 2022, j'ai fondé Les Nichées, le premier magazine dédié aux familles recomposées et aux parents séparés en France. Aujourd'hui praticienne en thérapie conjugale et familiale, mère et belle-mère moi-même, je propose des groupes de parole et des accompagnements individuels, en couple ou en famille, pour vous aider à construire un équilibre serein et durable.