Les familles recomposées heureuses, ça existe ?
Famille recomposée,  The Belle-mère diary

“Mais ça existe des familles recomposées heureuses ?” Ce que je réponds d’après mon expérience de belle-mère

C’est la question numéro 1 que l’on me pose quand je parle des Nichées ou simplement des familles recomposées. Comme si on était passé en quelques années du grand silence radio sur le sujet à une image très dark, où les histoires de recomposition finissent mal après d’horribles souffrances à tous les étages. Pourtant, je vous le confirme : les familles recomposées heureuses, ça existe. Mais…

Avant de poursuivre après ce “mais”, je vais vous poser une question. Connaissez-vous des familles heureuses ? Oui ? Comme moi ! Et pour combien d’entre elles, seriez-vous tenté.e d’ajouter un “mais” si vous deviez raconter leur histoire ? Ben voilà, quand on parle de familles, on est rarement sur du tout blanc ou du 100% noir. 

Les familles recomposées, c’est pareil, mais comme pour beaucoup de choses, c’est puissance 1000. 

Alors oui, ça existe. Et pourquoi elles ? Difficile de s’en tenir à une recette ou une méthode gagnante.

Des configurations familiales plus simples que d’autres

Ce qui est sûr, c’est qu’il existe déjà des recompositions qui sont mieux “embarquées” que d’autres. Souvent, elles surviennent après des séparations moins difficiles que d’autres, ou quand le temps est passé, que les relations se sont apaisées et que les adultes concernés se comportent comme tels. Parmi ces circonstances qui jouent positivement, vous trouverez des ex réfléchi.e.s, qui n’ont pas peur de perdre leurs enfants et ne les engluent pas dans des conflits de loyauté aussi stériles que destructeurs. Des parents biologiques “alignés” qui eux n’ont plus n’ont pas peur de perdre l’amour de leurs enfants et ne culpabilisent pas de refaire leur vie. Des enfants préservés malgré la séparation que l’on autorise à accueillir des adultes bonus dans leur vie et que l’on encourage à respecter comme tels. 

On ajoutera aussi des conditions financières assez confortables. Car s’il ne fait pas le bonheur, un minimum d’argent permet :

  • d’éviter les conflits autour du budget de chacun et des dépenses liées aux enfants, 
  • d’installer tout le monde dans un logement “neuf au regard l’histoire familiale” et donc “neutre”, mais également suffisamment grand pour que chacun y ait un espace à soi et que personne ne se marche sur les pieds.

Il y aurait bien d’autres facteurs facilitants à citer, mais j’imagine que vous n’avez pas forcément 5 heures devant vous.

Mais des difficultés universelles

Est-ce que pour autant toujours facile pour ces familles élues qui partent avec une longueur d’avance dans la course à la recomposition ? 

Non, bien entendu. Nos enfants à nous nous épuisent, ceux des autres, aussi. Souvent plus, même (même si on n’est pas tout à fait autorisés par la société à le dire). Le couple, c’est pas toujours évident, même avec des enfants à tous les deux. Voire même sans enfants. Donc logiquement, en famille recomposée, il y a quelques épines de plus. 

Globalement, la famille recomposée est un challenge qui implique souvent de se “décentrer”, de se mettre à la place d’autrui, de ne pas prendre les choses trop personnellement, de s’adapter en permanence souvent, de faire beaucoup de sacrifices compromis, de rester solide sur ses appuis (une dose correcte de confiance en soi aide pas mal, avouons-le), de savoir communiquer sans trop de difficultés et accessoirement, d’accepter d’avaler quelques couleuvres avec le sourire, dans l’indifférence générale.

Des familles recomposées heureuses : difficiles peut-être mais pas impossible

Non, ne fuyez pas, je grossis le trait ! Volontairement, en plus…

Car mieux vaut le savoir : même celles qui se sentent aujourd’hui bien dans leur famille recomposée, qui ont réussi à prendre une place qui leur plaît et à nouer de chouettes relations avec leurs beaux-enfants tout en vivant leur best vie de couple, avouent qu’il y a eu des moments difficiles, des mots malheureux, des situations qui ont piqué. Solenn Bardet, autrice de “Chères Marâtres” et ethnologue, nous le disait, après avoir interviewé des dizaines de belles-mères pour son livre “Même celles pour lesquelles tout se passe bien avouent, quand on creuse le sujet, des points de souffrance, à certains endroits. (…) Beaucoup de belles-mères heureuses ont quand même eu à emprunter des chemins semés de petits cailloux.”

Est-ce que cela les a dissuadées ? Abîmées ? Non et pas forcément. Loin de là même, pour celles qui reconnaissent que la famille recomposée leur a apporté beaucoup, une fois qu’elles ont su éviter (ou ne plus sentir sous leurs pieds endurcis) les petits cailloux.

Des espérances bien calibrées

Je fais partie de celles qui reconnaissent le challenge, mais qui trouvent qu’il est beau. Celles qui disent que oui, ça pique un peu parfois, mais qu’un mot gentil ou un moment heureux partagé fait repartir illico. De celles qui avouent volontiers que si c’était à refaire, elles le referaient à 300% (tout en reconnaissant qu’elles sont quand même heureuses de pas avoir à se retaper tout le chemin parcouru).

J’ai certainement eu de la chance et j’ai fait beaucoup d’efforts. Mais rien ne me fait plus de peine qu’une femme ou un homme amoureux.se qui hésite à tenter l’aventure par peur de se planter, parce qu’on lui a noirci le tableau et parce que ceux pour qui “ça va bien, merci” éprouvent moins le besoin d’étaler (leur bonheur) que les familles en souffrance (leurs galères). 

D’ailleurs, s’il faut vous en convaincre, allez écouter le podcast The Cool Stepfamily. Des histoires heureuses, il y en a ! Il y a plus de 100 preuves témoignages à binger.

En revanche, quand on me demande un conseil, je tempère toujours les attentes des amoureux sur le point de se lancer. Car au fond de moi, je suis persuadée que c’est ce qui m’a aidée, moi, avant de me lancer : je connaissais des familles recomposées épanouies, mais j’avais conscience des petits cailloux et des gros écueils. Bien sûr, j’espérais que “la mayonnaise prenne” mais je n’ai jamais eu d’espérances folles, de projections hyper positives en mode Bisounours. 

Ce n’est pas tant que je me suis préparée au pire, mais j’avais juste l’intuition qu’il allait être compliqué d’embarquer tout le monde dans la joie, la bonne humeur et l’insouciance de mon histoire d’amour. Qu’il y aurait des peurs, des résistances, des maladresses, de l’impatience, des petites avancées et autant de retours en arrière, des petites victoires et des jolis instants de bonheur. Que ça ne serait pas parfait, mais que ce serait quelque chose de nouveau, d’inattendu. Et c’est comme ça que j’ai découvert qu’il y avait 1001 trésors dans cette configuration familiale forcément imparfaite. 

Si c’est votre cas aussi, si vous aussi, vous voulez témoigner que la famille recomposée, ça peut marcher, écrivez-moi à contact (at) lesnichees.com

On fera souffler ensemble un vent d’optimisme sur Les Nichées !

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Rédactrice depuis presque 20 ans, Coralie s'est spécialisée dans les sujets lifestyle et tout ce qui touche la famille (société, psychologie, éducation, développement de l'enfant, bien-être...). Mère et belle-mère, elle chronique régulièrement sur Les Nichées ses coups de coeur et sa vie en famille recomposée.