Heureux ensemble

Comment vivre en famille recomposée : les 5 règles d’or

Il n’existe pas de recette toute faite pour réussir sa famille recomposée. En revanche, l’aventure va demander à tous les membres de cette nouvelle famille quelques efforts pour vivre tous ensemble en harmonie. En quoi consistent ces efforts ? Etes-vous prêts à y consentir ? On vous explique tout.

1- Etre capable de se mettre à la place de tous les autres

Bienvenue dans la famille recomposée. Ici, tout le monde arrive avec son passé, son histoire, ses blessures, des parents et des éducations différentes pour les enfants… Et tout ce beau monde doit cohabiter en harmonie. Est-ce évident ? Non, mais c’est beaucoup plus facile quand chaque membre de la maison accepte de ne pas penser qu’à lui et de regarder les situations du quotidien avec le regard d’un autre.

Un exemple ? L’enfant de votre conjoint revient d’une semaine (ou de 2 semaines) chez sa mère. Vous avez tout préparé, la maison est accueillante, un super retard l’attend. Mais au lieu de manifester de la joie, ou au moins un minimum de gratitude, celui-ci semble triste, perdu, se renferme dans le silence. Pour vous qui avez fait beaucoup d’effort, c’est la douche froide. Pour lui qui doit faire régulièrement cette drôle de gymnastique de se replonger brutalement dans un autre foyer, de se séparer d’un parent pour retrouver l’autre,  c’est lui demander beaucoup d’arriver heureux, détendu et immédiatement à l’aise. 

Se mettre à la place de l’autre, c’est savoir aussi questionner ses propres réactions, se remettre en question en fonction de ce qu’on perçoit des sentiments des autres… Et c’est très souvent fatigant, surtout si la tribu est grande et les caractères bien trempés.

Pour autant, être capable de se décentrer et d’agir pour le bien d’un membre de la famille ou de toute la famille est certainement une condition sine qua non de la réussite de la recomposition.

2- Etre capable de dépasser ses frustrations de beau-parent

Le petit dernier de votre conjoint ne vous fait jamais de câlin ? Son ado vous adresse à peine la parole ? Vous vous sentez parfois comme une simple boniche à la maison ? Vous avez l’impression que votre amoureuse n’en a plus rien à faire de vous quand ses enfants sont à la maison ? Que personne ne reconnaît votre autorité ?

Le rôle de beau-parent peut être particulièrement ingrat. Et même les âmes les mieux intentionnées se retrouvent confrontées tôt ou tard à des petites et grandes frustrations qui, avec le temps, deviennent des sources d’amertume et des bombes à retardement pour le couple et la nouvelle tribu.

Il est sans doute nécessaire de se préparer à ce que le rôle puisse être ingrat. Et surtout d’être capable de dépasser ces frustrations que tous les beaux-parents connaissent (ou presque).

Un exemple ? Vous sentez que votre partenaire ne vous laisse pas toute la place nécessaire pour que vous puissiez exercer votre autorité d’adulte – en l’occurrence de beau-père ou de belle-mère – auprès de ses enfants. Vous ne vous sentez pas considéré.e ? Diminué.e ? Et pourtant, votre partenaire sent sans doute, plus ou moins inconsciemment, que ses enfants ne sont pas prêts à accepter votre autorité. Et souvent, c’est le cas, car mieux vaut accepter, surtout dans les débuts de la famille recomposée de ne pas imposer son autorité à ses beaux-enfants. Le temps que la relation se construise, que la confiance s’installe pour que l’autorité, quand elle se manifestera, soit jugée légitime.

Ce qui impose de se mettre en sourdine, voire d’accepter l’impression, parfois, de ne pas être entendu voire de se sentir isolé, aussi. En êtes-vous capable ? C’est un défi car la rancoeur accumulée à force de frustrations peut finir par créer une rancoeur toxique pour toute la tribu. L’idée bien sûr, n’est pas de s’oublier ou de se forcer constamment au silence, mais simplement, parfois, de faire passer l’harmonie de la famille recomposée (et notamment les enfants) d’abord, pour le bien de tous. 

Bien sûr, si c’est trop dur, si vous avez l’impression d’être dépassé.e par ses frustrations, que vous avez tout donné à la famille recomposée sans retour, n’hésitez pas à faire appel à un thérapeute ou à un médiateur qui pourra vous aider à trouver le compromis idéal.

3- Renoncer à vouloir former la famille recomposée parfaite

C’est quoi une famille recomposée réussie ? Une famille où tout le monde s’entend bien ? Où tout le monde s’entend bien avec tout le monde ? Où tout le monde s’aime ?

Il est déjà bien difficile de “faire famille” quand les liens du sang sont là. Vouloir cocher toutes les cases de la famille parfaite en mode recomposé est un idéal encore plus dur à atteindre. Car il y a moins de modèles encore que pour la famille traditionnelle, parce que chaque tribu doit inventer un modus vivendi propre pour être en harmonie, parce que les liens reposent sur deux personnes qui se sont choisies et que les autres doivent suivre, avec tous leurs bagages. 

Cette réalité – il va me falloir renoncer à l’image d’Epinal de la famille parfaite – est très dure à entendre pour les couples qui s’engagent dans une famille recomposée… Encore plus que pour les autres, car ils ont connu un échec avant, celui de leur premier couple, et ils ont envie de réussir le suivant. Comme une deuxième chance qui s’offre à eux et qu’ils n’ont pas envie de manquer cette fois. Qui ne s’est jamais dit : “cette fois, c’est la bonne ! J’y arriverai !”.

Mais de plus hautes espérances créent inéluctablement de plus hautes chutes. Bien sûr, toutes les familles recomposées ne sont pas vouées à l’échec, loin de là. Mais réduire son niveau d’exigence permet d’être moins déçus, moins frustrés et d’apprécier à sa plus juste valeur ce que va vous offrir concrètement votre nouvelle tribu (sans avoir à la comparer à vos rêves).

Un exemple : l’amour. Bien sûr, on aimerait que notre nouveau conjoint aime nos enfants comme les siens. Bien sûr, ce n’est pas facile de réaliser que l’on n’arrive pas à aimer les enfants de son ou sa partenaire. Mais rien ne nous y oblige. C’est une grande idée reçue, qui a la vie dure : la famille recomposée n’exige pas de l’amour à tous les étages. Du respect, oui. De la bienveillance, aussi. Mais l’amour ne se commande et prend parfois des années à pointer le bout de son nez. Et surtout, il n’est pas nécessairement requis pour former une famille recomposée unie, sereine et agréable pour tous ses membres.

4- Accepter de vivre avec le passé de l’autre

Il n’est jamais facile d’endosser le dossard “numéro 2”, d’avoir sans arrêt l’impression de passer “après” quand l’amour de sa vie a déjà tout vécu avec un ou une autre : le coup de foudre, le mariage, la naissance des enfants. Pour les couples où l’un des deux a vécu tout cela mais l’autre pas, la situation peut être parfois difficile, avec souvent pour les femmes une honte très vive à avouer être jalouse voire blessée de vivre ces premières fois seule, surtout si le ou la partenaire semble un peu blasé.e.

Mais surtout accepter le passé de l’autre, c’est au quotidien, accepter d’être confronté à une copie très réaliste de l’ex de votre amoureux (en ses enfants), de cohabiter avec des rituels, des habitudes de vie ou des modes éducatifs qui ont été fixés avec elle, avant vous. 

Et c’est surtout tâcher d’aimer au quotidien quelqu’un qui a déjà été copieusement blessé par son histoire précédente : que la rupture ait été à son initiative ou non, une séparation est toujours un échec. Une histoire d’amour qui finit mal. Et cela laisse des traces : une difficulté à s’attacher, une crainte de reproduire les mêmes erreurs, faire face parfois à des comportements qui nous heurtent. Dans son livre “Vivre heureux en famille recomposée, Yvonne Poncet-Bonnissol le résume ainsi “Dans tous les cas, les séparations font des femmes et des hommes plus méfiants, plus vigilants, moins patient et désabusé”.

Et il nous faudra faire avec. Ce qui possible, bien entendu, mais qui est beaucoup plus simple quand on comprend pourquoi il ou elle réagit comme ça (et surtout quand on comprend qu’on n’en est pas responsable).

5- Ne pas oublier son couple

Vivre ensemble en famille recomposée, c’est toujours et dans le désordre : gérer un ou deux déménagements, gérer le ou les calendriers d’alternance et de visite, faire en sorte que les enfants prennent leurs marques, trouvent leur place et s’entendent à peu près bien avec tout le monde. Parfois c’est aussi gérer des comptes communs et des ex pas commodes… Il est bien normal que dans les premiers mois, le nouveau couple soit un peu oublié. Normal, mais dangereux car c’est sur la base de ce nouveau couple que toute l’aventure se construit. Et que ne pas en prendre soin est forcément dangereux.

Comme dans tous les couples, me direz-vous ? Oui, mais encore plus ! Car dans un couple normal conjugalité et parentalité fusionne : nous sommes un couple avec des enfants qui sont autant à toi qu’à moi. La famille recomposée fait exploser cette superposition de conjugalité et parentalité : nous sommes un couple avec chacun des enfants que pour l’un d’entre nous, ou chacun de notre côté. Et bien sûr, cela complique un peu les choses. Le couple séparé doit ainsi continuer à exercer sa fonction parentale. Comprenez : les ex feront toujours partie de l’équation. Le passé de l’autre sera donc toujours envahissant, pour les deux nouveaux conjoints. Il leur est d’autant plus important de conserver des moments tous les deux, pendant lesquels ils peuvent s’extraire du quotidien et des contraintes et agacements liés aux enfants pour se retrouver seuls et prendre soin de leur couple pour qu’il reste fort. Beaucoup de parents séparés peinent à s’accorder ce temps “sans enfant”, il est pourtant nécessaire pour consolider les bases stables d’une nouvelle famille fondée, comme les précédentes, sur l’amour que se portent deux personnes.

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien en famille recomposée.