
Belle-mère : pourquoi c’est parfois si dur de s’affirmer (et comment y remédier)
Exprimer ce que vous voulez, poser des limites, dire stop… S’affirmer, ça a l’air simple sur le papier. Mais au quotidien en famille recomposée, c’est beaucoup, beaucoup plus compliqué pour les belles-mères. Explications et conseils pratiques pour enfin oser dire non et prendre votre place.
S’affirmer, ça veut dire quoi pour vous ? Nous n’avons pas tous la même définition, mais surtout, les petites filles d’hier n’ont pas forcément été encouragées dans leur éducation à le faire. Résultat : les femmes d’aujourd’hui peinent parfois à le voir comme quelque chose de positif, ou a minima, un exercice absolument nécessaire pour prendre soin d’elles.
Pourtant, dans certaines situations “challengeantes” (coucou la famille recomposée), savoir poser des limites est une question de survie. Sous peine de se faire “bouffer” par les uns ou les autres… et de s’épuiser tout simplement. Nombre de belles-mères en font l’expérience tous les jours, sans pour autant s’autoriser ou réussir à mettre un stop.
S’affirmer : ce que c’est… et ce que ce n’est pas
Pourquoi ? Parce qu’on a souvent des idées reçues bien ancrées dans nos cerveaux d’ex petites filles bien sages. Non, oser s’affirmer n’est pas un vilain défaut. Non, vous n’en serez pas moins aimable.
Sachez notamment que s’affirmer en tant que belle-mère, ce n’est pas
- faire son chef ou sa diva
- faire un caprice
- ne penser qu’à soi
- ne pas considérer/prendre soin/aimer les enfants de son mec
- être dans l’opposition systématique
- avoir besoin de casser les pieds de son homme / de ses enfants / de leur mère (rayer la mention inutile)
- être égoïste
- vouloir toujours tout décider de tout et pour tout le monde
- être un tyran domestique pour ses beaux-enfants
S’affirmer, c’est simplement être capable de mettre des limites. Ses limites. Quand la situation ne nous convient, quand ça va trop loin pour nous. Quand notre bien-être ou notre santé est impacté.
C’est faire “pour” soi et non “contre” les autres.
C’est considérer simplement que ses besoins valent autant que ceux des autres. Pas plus, mais pas moins.
De la difficulté à s’affirmer en tant que belle-mère
Qu’est-ce qui alors, en famille recomposée, empêche parfois les belles-mères de s’affirmer ?
Dans son “Petit Cahier d’exercices pour s’affirmer et (enfin) oser dire non” (Jouvence), Anne Van Stappen liste 4 types de pensées qui “figent” notre capacité à nous affirmer.
1/ Les jugements sur soi. Nous sommes souvent notre premier ennemi, n’est-ce pas la petite voix ? Vous savez, cette petite voix qui vous dit qu’en tant qu’être humain, qu’adulte, que femme surtout, votre rôle est de prendre soin des autres, qu’il faut faire des efforts, qu’il faut “mériter” (son homme, son amour, l’affection des enfants, le statut de belle-mère…). Cette part de nous qui trouve toujours normal de se faire passer après les autres (surtout après les gens qu’on aime et les enfants “innocents et qui n’ont rien demandé”). Cette part de nous aussi, qui s’inquiète régulièrement “Suis-je une bonne belle-mère ?” voire, pour celles qui n’ont pas encore d’enfant “Vu la belle-mère que je suis, serais-je une bonne mère ?” La pression que l’on se met est souvent très forte et la tentation du sacrifice très présente.
2/ Les jugements des autres. Dans la famille “Juges impitoyables”, je demande l’ex, les beaux-enfants, le père (si, si) et sa mère. Liste non exhaustive mais souvent contractuelle ! “Leur père trouve-t-il que je m’occupe bien de ses enfants ? Si je lui montre que je ne suis pas d’accord avec l’éducation des enfants, que va-t-il penser de moi ? Si je leur dis de ranger leurs jouets ou de se coucher plus tôt, vais-je passer pour quelqu’un d’égoïste ou de tyrannique ? Que va penser leur mère si je refuse les écrans chez moi ?”
C’est un “effet secondaire” de la famille recomposée et de la rivalité qu’elle fait naître souvent entre l’ancienne et la nouvelle femme : on peut ressentir le besoin de se “mesurer”, de prouver qu’on peut faire aussi bien que la maman biologique, et qu’on est bien légitime (à s’occuper des enfants, à être la nouvelle femme…) En résumé, prouver qu’on mérite le job et au passage, l’affection des enfants, ce Graal qui parfois, nous fait avaler un surplus de couleuvres totalement inutiles… “Mais si je dis oui, ils verront ce que je fais pour eux, ils comprendront qu’ils comptent” (Spoiler : pas sûr et attention à ne pas attendre trop de gratitude en retour pour ne pas être déçue)

A LIRE
Et à compléter pour comprendre et passer à l’action Petit Cahier d’exercices pour s’affirmer et (enfin) oser dire non, d’Anne Van Stappen, Editions Jouvence, 8,95 euros
3/ La peur des conséquences : “Que va penser le père si je ne cède à ses petits chéris ? Va-t-il continuer à m’aimer si j’ose dire mon ras-le-bol ?” On a souvent peur de déplaire à notre conjoint pour qui la présence et l’éducation de ses enfants coulent de source et donner l’impression de ne pas être “à la hauteur”, avec en filigrane la question de l’enfer, surtout pour les belles-mères qui ne sont pas encore mères “Voudra-t-il quand même qu’on ait des enfants?”
Au rayon des conséquences redoutées, il y a aussi les réactions de l’ex. Les colères de la mère, les pluies de SMS, les torrents de reproches quand quelque chose lui déplaît peuvent refroidir la mieux intentionnée et la plus intrépide des marâtres. Pour préserver son couple, pour protéger surtout les enfants d’un énième conflit, toute belle-mère s’est un jour assise sur ses valeurs ou ses besoins… plus ou moins douloureusement.
4/ Les idées toutes faites. Ici, c’est la grande foire au n’importe quoi mais que l’on a toutes au moins entendu une fois : “Une femme, ça s’occupe des enfants “, “Les femmes, elles ont l’instinct maternel, elles aiment prendre soin des petits enfants”, “Faut que cette famille recomposée marche coûte que coûte, faut que j’évite toute tension”, “Je dois traiter ses enfants et mes enfants pareil, je ne vais rien dire que ne pas être accusée d’être moins cool avec les siens”, “Il a suffisamment de problèmes avec son ex, je ne vais pas lui compliquer la vie”… Sans oublier les traditionnelles piques spécial belles-mères qui nous condamnent trop souvent au silence : “C’est toi l’adulte”, “Tu savais qu’il avait des enfants, pourquoi te plaindre maintenant?”, “C’est à toi de t’adapter”… En gros : subis et tais-toi.
Sauf que tout accepter, ne rien dire et se suradapter, ça ne peut marcher qu’un temps. Et surtout, c’est faire courir un grave danger à votre famille recomposée. Car s’adapter, c’est normal, mais se contorsionner en permanence, c’est l’épuisement assuré.
Dans son Cahier d’exercices, Anne Van Stappen explique ce qu’il se passe lorsqu’on n’ose pas s’affirmer : “Lors d’un vécu difficile, on ressent des émotions, on vit des sensations (conscientisées ou non), on y accole des pensées (croyances, idées toutes faites…) et ensuite, on agit (ou plutôt on réagit) en conséquence : soit on se replie et on subit ce qui se passe, soit on attaque pour se défendre ou on se justifie (tout en se sentant mal ou coupable)”
Rien de très bon pour vous, mais pour votre couple ou votre famille non plus !
S’affirmer : 3 étapes pour oser passer le cap
La première étape, vous l’avez déjà amorcée si le paragraphe précédent résonne en vous : il s’agit tout simplement de prendre conscience de l’impact négatif que le fait de ne pas oser vous affirmer a sur vous. Un conseil : prenez le temps, la prochaine fois que vous vivrez un tel moment, de ressentir “dans votre corps” ce qu’il se passe quand vous n’osez pas vous imposer un minimum. La frustration, les tensions, la colère peut-être, l’impuissance…
Etape 2 : un petit pas plus loin. Il s’agit de reconnaître que cela ne nuit pas seulement à votre bien-être mais aussi à votre couple, à votre famille. Et que le meilleur moyen pour commencer à s’affirmer en douceur est de vous reconnecter à VOS besoins. Dans cette situation, de quoi avez-vous besoin ? D’être entendue, de silence, d’ordre, de respect, d’aide ? Prenez quelques minutes pour faire le point avec vous-même.
Etape 3 : quand le besoin est identifié, oser l’exprimer. Un petit pas sur le papier, un cap parfois insurmontable dans la vie, la vraie. Anne Van Stappen vous aide à le faire en vous recommandant de les exprimer sous la forme “Je me sens … Parce que j’ai besoin de…”
En gros, partir de votre besoin, pour exprimer une demande simple, claire et entendable.
L’intérêt ? On ne peut pas remettre en question ce que vous ressentez et cela vous permet de solliciter un avis, une opinion ou une action. Et surtout, vous pourrez l’expérimenter très vite, exprimer une demande (même une petite demande) permet de sortir de l’impuissance et de l’impression de subir en silence
2ème effet “Kiss Cool” à la suite : oser s’affirmer, ça rend plus fort. Et quand on se sent plus fort, on ose davantage s’affirmer. Vous le voyez le cercle vertueux ? Même si c’est difficile au début, exprimer vos besoins, formuler vos demandes… Petit à petit, tout ça va devenir de plus en plus simple.
Et surtout, vous le verrez, pouvoir s’exprimer – même si c’est difficile, même si on n’est pas 100% exaucée, ça permet de se sentir plus légère, plus à l’aise… Et cela vous donnera plus de facilité à prendre la place qui est la vôtre dans la famille recomposée.
3 conseils express pour bien exprimer ses besoins
1/ Evitez les besoins qui traduisent plus ou moins implicitement un reproche : “Je me sens trahie, abandonnée, flouée…”
2/ Si vous ne vous sentez pas à l’aise au début, préparez vos phrases de “besoins” et répétez-les si cela vous aide à vous sentir moins stressée sur le moment
3/ N’oubliez pas la posture. La communication, ce n’est pas que des mots, c’est aussi votre attitude. Soyez assurée du bien fondé de votre démarche : pas besoin de vous recroqueviller ou de regarder vos pieds. Si vous vous sentez alignée, votre posture et votre voix ne vous trahiront pas. Alors n’hésitez pas et faites-le pour vous, pour votre couple et votre famille !
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