Famille recomposée : ls enfants ne s'entendent pas
Heureux ensemble

Famille recomposée : Au secours, nos enfants ne s’entendent pas !

Les plus jeunes passent leur temps à se chamailler ? Les ados s’ignorent copieusement ? Tout le monde s’écharpe pour une histoire de place dans la voiture ? Les familles recomposées connaissent leur lot de disputes… Parfois comme toutes les familles, parfois un peu plus. Bonne nouvelle : c’est normal ! Elena Goutard, coach parental et auteure de “Mon P’tit Cahier nouvelle tribu” décrypte ce qui se joue dans la tête des enfants avec la recomposition et vous donne des conseils pour intervenir sans risquer d’envenimer les choses.

“La moindre altercation entre ma fille et mes belles-filles me met dans tous mes états, raconte volontiers Juliette, mère de 2 enfants et belle-mère de 2 petites également. Dès que ça crie ou pleure un peu, je cours, m’interpose, tente d’apaiser, d’expliquer, je console et surtout, je culpabilise de leur faire vivre tout ça. C’est ma mère qui m’a fait remarquer que dans mon “ancienne famille”, mes enfants pouvaient se disputer bien plus fort sans que je lève un sourcil. Et c’est vrai, j’avoue, les chamailleries entre nos enfants me sont insupportables. C’est comme un aveu d’échec, le signe qu’on s’est plantés. Et le pire, c’est que ça recommence tous les jours”.

Les disputes entre enfants, c’est normal !

Juliette n’est certainement pas la seule : les petites chamailleries et grandes altercations dans la fratrie recomposée sont en général difficiles à vivre pour tout le monde. Mais pour les parents, le ressenti peut être un peu biaisé : “Les disputes sont naturelles. Mais bien souvent, les adultes qui se lancent dans l’aventure de la famille recomposée, quand ils ont des enfants chacun de leur côté, peuvent avoir des attentes démesurées concernant leur entente, explique Elena Goutard. Ils souhaitent une famille qui “fonctionne”, qui soit soudée, qui partage tout. Ils rêvent d’une famille où tout le monde s’aime.” Mais c’est oublier que les enfants, eux, n’ont pas choisi de partager cette nouvelle vie : “Certains, des enfants uniques souvent, sont contents de trouver une fratrie, de créer de nouveaux liens. Mais la plupart, surtout dans un premier temps, sont contre la recomposition : habiter sous le même toit que d’autres enfants, d’autres adultes, ce n’est pas rien !” 

Rien d’étonnant alors à ce que la promiscuité avec ces autres que l’on connaît mal et que l’on n’a pas choisis ne se passe pas mieux qu’une relation fraternelle classique… qui offre déjà souvent son lot de disputes régulières !

A lire pour faire le plein de conseils pratiques quand on se lance dans l’aventure de la recomposition :

Mon P’tit Cahier Nouvelle Tribu, d’Elena Goutard, Solar Editions

Et surtout en famille recomposée !

La recomposition, bien entendu, corse les choses. Les différences dans l’éducation, les valeurs, les goûts et le vécu familial des uns et des autres jusque-là vont être un terrain fertile pour toutes sortes de désaccords et de tensions.

Mais surtout, les membres de la fratrie sont mal équipés pour trouver des solutions amiables et des résolutions pacifiques, comme le décrit la coach : “Quand on grandit avec des frères et soeurs, on se connaît depuis toujours, on s’est construit ensemble : on sait comment se parler, ce qui va vexer l’autre, le mettre en colère ou comment le prendre pour que le message passe. Tout est beaucoup plus simple ! Alors que dans le cadre d’une recomposition, les enfants se connaissent moins bien, ils ne savent pas toujours comment communiquer avec “les autres” : comment dire les choses ? Qu’est-ce qui va faire que l’autre peut mal réagir ? Est-ce que ça va le blesser ?” “

Le moindre accrochage peut alors vite devenir plus explosif qu’entre des frères et sœurs « classiques », surtout tant que les enfants n’ont pas appris à se connaître et à interagir. Le temps, souvent, est donc votre allié… Patience !

Quand les disputes sont même plutôt bon signe

Vous enviez ces parents qui vous disent “Nous, on vient d’emménager ensemble, et franchement, tout roule, les enfants s’entendent très bien” ? Vous ne devriez peut-être pas car l’absence de tensions apparentes, surtout au début, ne signifie pas que tout va toujours bien se passer, prévient Elena Goutard. “Ce qui peut parfois surprendre les parents, c’est justement que quand on emménage, tout se passe bien. En réalité, bien souvent, c’est que les enfants sont sur la défensive. Ils ne se sentent pas encore “suffisamment” chez eux dans ce nouveau fonctionnement familial. Donc ils n’osent pas trop s’opposer ou défendre leurs droits vis-à-vis de personnes avec qui ils ne sont pas encore trop familiers. Mais plus le temps passe, plus ils vont apprendre à se connaître, plus ils vont avoir tendance à s’affirmer. Et c’est donc tout naturellement, au bout de quelque temps, que de vraies disputes éclatent, qui sont les mêmes que dans toutes les fratries. D’un côté, c’est presque positif : cela signifie que les enfants s’autorisent à être eux-mêmes : à oser exprimer ce qu’ils pensent et à protéger leur territoire.”

Intervenir ou pas dans les disputes des enfants ?

Bon signe, peut-être. Faciles à vivre, rarement ! Quand les disputes concernent les enfants de parents différents, les adultes sont souvent plus prompts à intervenir, parfois un peu maladroitement, pour préserver l’harmonie de la famille. Mais faut-il le faire systématiquement ? Comment savoir quand un adulte doit légitimement intervenir ?

“Observez les enfants et essayez de prendre un peu de recul !, conseille ainsi la coach. Quand ils se chamaillent, on peut avoir tout de suite cet instinct de maman louve qui fonce pour protéger ses enfants. C’est important de savoir stopper cet élan de protection pour les observer deux minutes et voir comment ils se débrouillent tout seuls. Parfois ils vont arriver à trouver une solution d’eux-mêmes. Parfois la dispute est le moyen qu’ils ont trouvé pour s’affirmer mais aussi pour s’ajuster, ensemble. Dans ce cas, l’intervention d’un adulte n’est pas forcément nécessaire ni souhaitable, même si le ton est vite monté…”

Intervenir sans envenimer le conflit

Parfois, bien sûr, notre intervention permet d’éviter l’escalade ou de trouver une issue plus rapidement, plus calmement. Mais attention, nous alerte Elena Goutard, à la manière que nous allons avoir de régler le conflit ! “Notre intervention peut, bien malgré nous, augmenter l’animosité existante entre les enfants. Le cas classique : les beaux-enfants peuvent sentir une forme de favoritisme si on en protège nos enfants un plus que les autres, que ce soit à tort ou à raison.” Ils auront alors tendance à se dire (voire à vous dire) “Voilà, tu défends toujours tes enfants de toute façon !”.

Comment éviter cela ? “Mon conseil est de se poser avec tous les enfants, calmement et d’appliquer la technique que j’appelle du “commentateur sportif”. Cela consiste à ne porter aucun jugement mais à seulement retranscrire avec nos mots ce qui est dit. Par exemple : “Je vois Benjamin qui pleure parce qu’il s’est passé ceci. Je vois Leila qui n’est pas contente parce que cela…” Cette position neutre montrent aux enfants que l’on n’est ni d’un côté ou ni de l’autre.” Ce qui n’est jamais simple car on a tous nos réflexes, même si l’on se veut neutre, même si l’on s’est juré de ne pas privilégier notre progéniture. “Il ne s’agit pas seulement de notre tendance naturelle à protéger nos enfants. On peut aussi avoir tendance à être plus protecteurs envers les plus jeunes qu’envers les plus grands. Avouons-le, c’est souvent le plus grand qu’on accuse de ne pas faire d’efforts”.

Le conseil d’Elena Goutard : essayer, pour tous les enfants, de percevoir le besoin qui se cache derrière la crise, la colère, les pleurs. Un enfant qui ne veut pas prêter son jouet n’est pas forcément égoïste ou ne cherche pas nécessairement à faire pleurer l’autre enfant qui veut le jouet. Le grand qui ne veut pas jouer avec le plus petit ne le fait pas pour blesser, il a peut-être juste besoin d’être un peu seul ou de jouer à des jeux de son âge. Un autre, enfin, peut se montrer particulièrement casse-pied par conflit de loyauté (“si je me sens trop bien dans cette nouvelle famille avec maman, papa va être triste parce que lui, il est tout seul”) ou pour attirer l’attention de son parent, parce qu’il a besoin de plus de temps avec lui. “Cela peut aider que la parent en discute avec son enfant seul à seul pour comprendre le besoin caché. Car des enfants dont les besoins sont entendus et compris, par les adultes comme par les autres enfants, c’est le gage à terme d’une vie de famille plus harmonieuse”, conclut la coach.

Donner aux enfants des outils de résolution de conflit 

Enfin, intervenir systématiquement comme arbitre risque bien d’avoir un effet pervers : les enfants auront toujours besoin d’un adulte pour résoudre leur conflit. Il y a donc de fortes chances pour qu’ils vous sollicitent à chaque dispute… Comment l’éviter ?  “Il est important de les accompagner en leur proposant des outils de résolution de conflit ou de recherche de solutions, conseille Elena Goutard. Posez-vous avec tous les enfants après coup – jamais à chaud ! – en leur disant : “Tout à l’heure, vous vous êtes disputés. Le besoin de X, c’était ça, le besoin de Y, c’était ça. Qu’est-ce qu’on peut trouver comme solution dans ce cas-là ? Si demain, cela se reproduit, qu’est-ce qu’on peut faire pour ne pas se disputer ?” Ensuite, je conseille de prendre une feuille et de noter toutes les solutions – y compris les plus folles –  que vont proposer les enfants. “Ca, c’est la solution d’Arthur, Simon propose ça.” Et puis on va les passer en revue tous ensemble : “Arthur propose qu’il soit le seul à jouer avec ce jouet et plus jamais les autres. Est-ce que c’est une bonne solution ? Non, on ne peut pas la garder car ce n’est pas juste”. Simon propose d’acheter deux autres balançoires pour en avoir une chacun.  Non, ce n’est pas possible, cela coûte trop cher et on n’a pas la place…”. Et quand une solution plus juste est proposée, dire aux enfants “Et si on essayait ça sur quelques jours, et on voit ensuite tous ensemble si ça convient à tout le monde”.”

L’objectif est que les enfants deviennent de plus en plus autonomes dans leur manière de gérer leur différend et que petit à petit ils arrivent à se débrouiller seuls. “Cela peut sembler un peu fastidieux, reconnaît Elena Goutard, on n’a pas toujours le temps. Sauf que renvoyer tout le monde dans sa chambre pour se calmer fait certes gagner quelques instants de calme, mais c’est une solution de court terme car on n’a pas vraiment résolu le fond du problème. Une dispute, c’est un besoin non satisfait chez un enfant, c’est une émotion qui est mal maîtrisée. Si ce n’est pas réglé, le problème ressurgira tôt ou tard…”

Prévoir des rituels d’échange en famille

Autre manière d’intervenir à froid : ritualiser des temps d’échange en famille dans la semaine. “D’abord en petit comité (les enfants avec leur parent) pour qu’ils puissent dire librement ce qu’ils ont sur le cœur, puis avec tout le monde, on se réunit pour revenir sur les conflits ou difficultés rencontrés. Un adulte peut ainsi amorcer les discussions en annonçant : “Je remarque qu’il y a beaucoup de disputes à propos des dessins animés en fin de journée. Quelle solution peut-on trouver tous ensemble ? Un quart d’heure chacun ? Est-ce que chacun choisit le programme un jour en particulier dans la semaine ? Que proposez-vous ?”

Ces petites réunions peuvent trouver leur place dans les nouveaux rituels de la famille recomposée. “Ils n’ont pas besoin d’être très longs ou trop sérieux. 15-30 minutes suffisent mais cela permet aussi aux plus réservés de s’exprimer, et à tout le monde d’apprendre à mieux se connaître. Autre intérêt : prendre le temps d’écouter tous les points de vue permet plus facilement de se mettre à la place de l’autre”. Une très bonne manière de “souder” en douceur les membres de la nouvelle famille.

Journaliste depuis plus de 20 ans, ancienne rédactrice en chef de Psychologies.com, je m'intéresse depuis toujours aux questions familiales et la psycho au sens large. Je suis moi-même mère et belle-mère et partage ici les meilleurs conseils d'experts pour vivre le plus sereinement possible le quotidien de parent séparé, que vous viviez en famille monoparentale ou recomposée.

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